L’homme sans rêve : la vie est un cauchemar ?

19/10/11 par  |  publié dans : BDs&Mangas | Tags : ,

À force d’avoir tout ce qu’il souhaite, un riche présentateur télé, vedette d’une émission racoleuse où les candidats jouent ce qu’ils aiment le plus à quitte ou double, Stan n’a plus de rêve. Il se souvient vaguement que son père lui racontait que, petit, il rêvait d’être pécheur. Alors, lorsqu’il rencontre, au port, un vieux loup de mer muet et qu’ils dégustent ensemble une partie de sa récolte, Stan est heureux. Finalement, c’est évident pour lui : un requin se nourrit de poissons. Mais le prédateur nage en eaux troubles depuis quelque temps, l’audience de l’émission décline et il est pris à la gorge. Son salut, il le pense, viendra du vieil homme qu’il veut faire participer au jeu télévisé…

 

 L’homme sans rêve, ou comment passer d’un enfant émerveillé qui croit que tout lui est permis à un requin ambitieux sous prozac. La construction en flash-back permet, à première vue, de penser qu’il s’agit d’un récit ressemblant quelque peu à 99F de Frédéric Beigbeder, dans lequel il est question d’un riche publicitaire talentueux à qui tout réussit mais qui reste perpétuellement en quête de satisfaction. Ici, la narration prend une autre tournure lorsque se mêlent, à la vie actuelle de Stan, des éléments de son enfance. On se demande alors qu’elle est la part du fantasme et la part du réel. Le vieil homme muet ressemble beaucoup trop au papy présent au début de l’album, pêchant avec un petit garçon à casquette. Nul n’évoque leur nom, mais la découverte du couvre-chef au port, affublée d’une étiquette mentionnant « Stan », laisse planer le doute quant à l’existence du pêcheur muet. Le garçon serait le futur animateur télé et le vieil homme son père, dont il ferait une projection pour s’évader. C’est une hypothèse de lecture, mais l’album n’appuie pas plus cette théorie qu’une autre. Certains moments supposent que Stan serait le marin qui fait miroiter le bonheur aux candidats de son émission, comme dans la scène où le pêcheur prépare des confiseries à un petit garçon avant de lui ôter le cerveau. La complexité du scénario laisse la place à l’interprétation autant qu’aux questions et au doute. Force est de constater, qu’on ne comprend pas trop qui est qui.

Le dessin d’Olivier Bonhomme, qui réalise là sa première bande dessinée, marque le livre d’une empreinte personnelle, avec des traits nerveux, déformés par les angles de vues, étirables à souhait rendant une élasticité des corps impressionnante. On frôle même souvent l’expressionnisme. Le choix de l’aquarelle s’avère astucieux et audacieux, rehaussant juste quelques éléments dans un décor plutôt terne. Seules quelques scènes – des flash-backs ? – s’exposent à la lumière vive.

Grâce à une certaine prise de risque et à de vraies qualités artistiques, L’homme sans rêve est un album de qualité, au scénario complexe auquel il est difficile de s’accrocher, loin des block-busters de la rentrée.

L’homme sans rêve, scénario de Joseph Safieddine, dessin et couleurs d’Olivier Bonhomme, Manolosanctis, septembre 2011

© Manolosanctis – Saffiedine – Bonhomme

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