Fragments (fleuves) de Stephen King

22/11/13 par  |  publié dans : Auteurs, Livres | Tags : ,

Durant la venue de S.K en France, pour une conférence de presse, une signature, et une soirée au Grand Rex, Envrak a d’abord eu le kiff d’assister à la conférence de presse internationale, au milieu de 200 journalistes triés sur le volet. Une heure, un gloubi-boulga de questions plus ou moins inspirées, avec un Stephen King à la fois pro et cool comme une rock-star. Affable, joueur, pitre parfois (on le verra surtout devant les fans, à la soirée du Grand Rex, dont la vidéo apparaît plus bas sur cette page), Stephen King apparaît au naturel, avec un pull de tonton, et un verbe parfois fleuri. Ce qui frappe, en le voyant en live, c’est combien finalement Stephen King se ressemble, ressemble à ce qu’il dévoile dans ses préfaces et dans le style qu’il déploie au fil de ses romans. Un américain pur jus, instantanément aimable, chaleureux, qui ne se prend jamais au sérieux.

Dans les deux heures qui ont suivi la conférence de presse, l’AFP et certains médias avaient publiés leurs dépêches. On a pris une semaine pour livrer notre traduction, in extenso (ou presque). Lisez, par petits bouts si vous voulez, faites des pauses, puis revenez, regardez la vidéo du Grand Rex (avec son traducteur en français au taquet), partagez.

C’est pas tous les jours qu’on rencontre un roi.

(La rencontre est animée par CNN et l’European American Press Club. Merci à eux, et surtout à l’éditeur Albin Michel. Les questions qui suivent émanent de plusieurs journalistes internationaux).

Quelques mots avant qu’on commence, monsieur King ?

Juste quelques mots, alors. L’une des raisons qui font que j’ai mis si longtemps à venir de ce côté de l’Atlantique est que je me suis toujours senti un peu honteux de ne pas parler votre langue tandis que vous parlez la mienne. Ça me fait l’effet d’être l’idiot du village. L’autre chose est que j’étais curieux de voir quelles réactions je susciterais. Je suis enchanté que vous soyez si nombreux. Les rock-stars ont l’habitude de venir depuis des années en Europe et ont droit à des accueils chaleureux. Je me disais qu’un vieil écrivain américain pouvait susciter le même genre de réactions mais… c’est super d’être là avec vous. Beaucoup de personnes m’ont posé des questions sur les trucs que j’écris, mais juste une chose, ne me demandez pas d’où je sors mes idées, car je n’en sais rien. De toute évidence, je me suis taillé une réputation d’écrivain d’horreur. L’année dernière, j’étais au supermarché, il y a une petite vieille qui a déboulé au détour d’une allée en poussant son charriot, elle était toute recroquevillée sur elle-même sous l’effet de la scoliose, et elle m’a dit “je vous reconnais. Vous êtes Stephen King. Vous écrivez ces livres d’horreur. J’aime pas les livres d’horreur. J’aime les jolies choses comme Les Evadés”. J’ai dit, “c’est de moi ça”. Et elle, “non, c’est pas vrai”. Alors bon. Dites-de moi ce que vous voulez, en tous cas c’est super d’être ici. Je suis jet-laggué jusqu’aux cheveux, mais je ferai de mon mieux pour répondre à vos questions.

En tant que maître de la fiction horrifique, d’après vous, quelle est la pire façon de mourir ? (Début à 2’33 sur la vidéo)

Alors… je vais peut-être avoir besoin d’un peu d’aide. Il y avait cet auteur de livres sur le bien manger, c’était il y a des années. Pas celui des fruits et légumes, l’autre, qui faisait la promotion d’un mode de vie sain. Il a fait un late show, chez Dick Cavett, et il est mort à l’antenne [ndlr : il s’agit de J.I Rodale]. Vous savez, je pense que la pire manière pour moi de mourir serait d’avoir une crise cardiaque juste ici. Par contre vous, vous pourriez mourir ici, ça serait pas très grave [sourire narquois].

L’alcool est un personnage central de The Shining et Doctor Sleep. Vous-êtes un ancien alcoolique, passé de la Budweiser au Coca Light. Est-il plus facile de parler de l’alcool en tant qu’alcoolique ou sobre ? (3’45)

Hé bien… (il regarde son verre) j’ai eu peur, il a fallu que je vérifie que c’était bien un Coca… Je crois qu’il faut écrire sur les deux aspects de l’alcoolisme. Il y a sûrement une raison sur pourquoi on ne peut pas écrire sur l’alcoolisme ou l’addiction à l’alcool si on est soi-même alcoolique. D’une certaine manière il est plus dur d’écrire sur après s’en être soigné car personne ne veut faire comme si on était dans Martine à la plage, tout va bien dans le meilleur des mondes. Quand j’ai écrit The Shining, je sais pas si j’étais alcoolique – je me refuse à analyser ça – mais une chose est sûre : je buvais beaucoup, et je connaissais bien le sujet. Toutes ces années plus tard, dans ce qui m’a conduit à travailler sur Doctor Sleep au final, je ne voulais pas écrire un pamphlet sur l’alcoolisme. Je voulais retrouver Danny Torrance, le petit garçon du Shining. Mais, vu que l’alcoolisme court souvent dans les gènes, j’ai eu envie de voir ce qui se passerait si Danny l’était lui aussi, s’il pourrait s’en sortir mieux que son père.

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Si vous pouviez avoir un super pouvoir, lequel choisiriez-vous ? (5’45)

Tous ! (Un instant) Mais je ne suis pas sûr d’en vouloir en fait. Le Shining, c’est plus ou moins la capacité de lire dans les esprits. Je ne suis pas sûr que ça me plairait. Il y a un vieux diction anglais qui dit « Ne regarde pas par le trou de la serrure si tu ne veux pas être vexé ». Les gens ont parfois des pensées sur nous qu’on préférerait ne pas entendre. Le pouvoir qu’ont Danny Torrance ou Abra Stone, et qui je crois me plairait, c’est la capacité de retrouver les objets perdus. J’arrive jamais à retrouver mes clés. Vous savez quoi, je n’arrive même pas à trouver la moutarde dans le frigo. Ma femme me dit que je suis miro du frigo. Un sorte de cécité qui fait que je suis toujours à chercher le pot de yaourt alors qu’elle me le tend sous le nez. Alors que c’est elle qui a tendance à perdre ses trucs. Donc je pourrais l’aider, vous voyez. Il y a autre chose, la capacité de faire faire aux gens ce que l’on veut, comme Carrie White ou Abra Stone. Ça, je trouve que c’est trop pour un seul homme.

50 nuances de Grey, c’est pas top”

Il y a quelque chose qu’on appelle le journalisme citoyen, le journalisme participatif où n’importe qui devient reporter grâce à Internet. Et il y a tout un business sur l’auto-édition qui a transformé aussi les gens en romanciers citoyens, et où toutes sortes de personnes publient toutes sortes de choses. Qu’en pensez-vous ? (8’00)

Intéressant. Est-ce que vous avez tous entendu ? Oui, non ? Vous vous en foutez ? Et bien pas moi ! Il y a des citizen romanciers, des romanciers du dimanche. La série 50 nuances… est issue de cette industrie de l’auto-édition. Je crois que ça a commencé sous forme de fan-fiction de Twilight. Il y a d’autres livres dans le genre mommy porn, qui sont rentrés dans la liste des best-sellers du New York Times ou qui marchent très bien sur Amazon. Le problème avec ça c’est qu’il n’y a pas de videur à l’entrée, personne pour dire « ça ne va pas être possible, on va pas publier ça, c’est plein de clichés, votre grammaire est horrible ». Il ne font plus ou moins que le mettre en boîte et diffuser ce qu’on leur soumet. Donc je crois que le tout est affaire de caveat emptor : il appartient à l’acheteur de faire attention à ce qu’il achète. D’ailleurs on peut lire des extraits online. Mais essentiellement, il n’y a rien qu’on puisse faire. Il y a un public qui va s’attacher à la qualité, mais de toute évidence ce n’est pas le cas de tout le monde. Car les livres 50 nuances, franchement, c’est pas très bon. Mais en même temps ils marchent très bien… et l’édition c’est un business. je ne sais pas si je réponds bien à la question, car je pense ne pas avoir de bonne réponse.

Sur Carrie, votre premier roman, et celui qui a été le plus adapté. Il y a un remake qui sortira en France en Décembre, il y a eu une comédie musicale. Pourquoi pensez-vous que ce roman suscite toujours autant l’attrait ? Pensez vous que Carrie fait désormais partie de la culture américaine ? (10,20)

Oui, je pense que Carrie est entrée dans la culture américaine. Je ne suis pas sûr d’en connaître les raisons. Le remake de Carrie n’a pas fait des étincelles aux USA. Ça n’a pas été un bide, mais ça n’a pas très bien marché. Il y a une sorte de côté conte de fées avec ce livre. C’est un livre de jeunesse, qui devait en fait être une nouvelle. A l’époque j’avais beaucoup de succès – enfin, non, un certain succès avec les nouvelles, que j’arrivais plutôt bien à vendre aux magazines pour hommes. Vous savez, les magazines de fesses, avec les posters au milieu. Ces magazines ont aujourd’hui plus ou moins été supplantés par internet, mais à l’époque, ils me rapportaient pal mal d’argent et tout ce qui allait de 5000 à 25 000 mots – l’argent arrivait toujours à point pour payer un moins de loyer ou payer les antibiotiques pour le bébé… Carrie devait être l’une de ces histoires. Elle a commencé à grandir, j’ai eu une autre idée, car j’ai connu deux filles comme Carrie White. L’une d’entre elles était lycéenne, l’autre était enseignante. La première s’est pendue. La deuxième est morte renversée par une voiture, en traversant la rue après s’être saoulée dans un bar. Toutes deux n’étaient pas heureuses, et je me suis dit, que juste pour une fois, ce serait super de voir se qui se passerait si les choses prenaient une mauvaise tournure, si ces deux gosses malmenées et malheureuses pouvaient avoir leur revanche. J’ai commencé à écrire… sans savoir de quoi je parlais au début. La scène dans le vestiaire des filles : je me souviens être allé trouver ma femme pour lui demander “dis, ces tampons que les filles utilisent, il y a des distributeurs, comme pour le Coca, on met une pièce et il y en a un qui sort ?”. Elle a ri et elle m’a dit “laisse moi te donner un coup de main” – car j’avais jeté mon manuscrit. Mais vous avez raison, Carrie a été fait en films deux ou trois fois, elle a été fait en comédie musicale, un gros truc à Broadway, puis un autre off-Broadway – qui je crois a eu beaucoup plus de succès. J’attends Carrie, le spectacle de marionnettes ! Ou pourquoi pas, Carrie contre Rendez-vous ! Ça pourrait le faire, je serais toujours prêt à parier mon argent sur Carrie.

Sur la culture américaine : je suis curieux de savoir ce que vous pensez des interférences entre réalité et fiction. Est-ce que les livres, les fictions, les jeux inspirent les crimes, ou l’inverse ? (13’30)

C’est un peu comme demander qui de l’œuf ou la poule est arrivé en premier. Je pense qu’il y a des gens qui sont prédisposés, qui sont dans un compte à rebours, comme une bombe à retardement, et qui vont passer à des actes violents. Beaucoup d’entre eux prennent une partie de leur inspiration pour passer à l’acte dans les films, ou les programmes télé violents… il y en a beaucoup actuellement à la télé américaine. Il y a beaucoup de violence dans les livres aussi. Mais s’ils n’avaient pas un livre ou un film en particulier à disposition, ces gens trouveraient une autre manière de créer le chaos. J’y ai pensé récemment, en travaillant à un roman qui sortira l’année prochaine. Ça s’appelle Mr Mercedes et ça parle d’un personnage qui se lance dans une attaque très similaire à celle du Marathon de Boston. J’ai fini le livre à peu près au moment où les attaques ont eu lieu. Donc, on en revient à la question, est-ce que l’art imite la vie ou est-ce que la vie imite l’art ? Je pense que les deux sont vrais.

Après tant d’adaptations cinéma et audiovisuelles au fil des ans, on peut se demander si cela n’a pas eu un effet sur votre écriture, si vous avez fini par élaborer vos histoires dans un style cinématographique, en construisant des scènes pensées pour la réalisation. (15’08)

Non. Il ne m’est jamais venu à l’esprit en écrivant : ça pourrait faire un super film, ou une série en plusieurs saisons. Ça marche pas comme ça. Mais je vais vous dire quelque chose : j’ai 66 ans, et je suis de la génération qui a grandi sans la télé à la maison . J’allais au cinéma. J’adore les films, depuis l’année où j’ai vu Bambi, à 3 ans. Quand la télé est arrivée… quand vous commencez à voir des films enfant… il y a une tendance à appréhender les choses de manière visuelle, et pour moi ça a été renforcé au lycée. Je lisais beaucoup de poésie, et ça m’a inculqué l’idée qu’il fallait montrer les choses plutôt que les dire, qu’une image valait mieux qu’un long discours. Vous connaissez ce poème de William Carlos Williams, sur les prunes au réfrigérateur ? Ça dit « Je suis désolé d’avoir mangé les prunes au réfrigérateur, mais elles étaient si fraîches et douces… » Pour moi ça résume le rôle de la fiction : ce n’est pas un story-board, ni un comics, mais elle est destinée à vous donner une expérience visuelle, et si vous avez une expérience visuelle vous avez une expérience émotionnelle, et ça, ça me plaît. Je suis un romancier des émotions. C’est votre cerveau qui m’attire – comme le curé le dit à l’enfant de chœur ! Je veux vous toucher d’abord émotionnellement. Je veux vous donner la chair de poule, que vous ayez le cœur qui s’emballe, je veux vous donner les larmes aux yeux, ce genre de trucs. Si vous relisez un de mes livres, vous allez peut-être vous demander : ça parle de quoi déjà ? Et pour ça, il faut que vous puissiez visualiser. Les films ont eu une grande influence sur moi et mon écriture, mais il n’a jamais été question d’écrire un livre pour en faire un film. Si vous faites ça, vous n’avez rien compris.

Vous écrivez toujours en écoutant du rock métal ? (18’10)

Ouhla.. je jouais du rock. J’ai les oreilles flinguées. Parce que plus c’était fort, plus c’était rock et plus c’était bon. J’écrivais, je composais en suivant cette idée, car bien souvent j’étais aussi défoncé. Mais désormais j’écris en silence, et je fais les révisions avec un peu de métal en fond. Mais je ne suis pas branché que par ça, il serait injuste de dire ça. J’aime AC/DC, Metallica, Judas Priest, Anthrax, beaucoup de mais j’aime aussi James McMurtry, John Bryan, de la country.

“Seuls dans une immense salle à manger d’un immense hôtel, avec le vent et la musique d’ascenseur… le temps que je remonte à la chambre, j’avais Shining dans ma tête”

Pourquoi vouliez-vous renouer avec Danny ? (19’22)

Il a eu une enfance tellement difficile qu’il n’a jamais vraiment quitté mes pensées. Je me suis dit, voilà un gosse qui a grandi dans un foyer dysfonctionnel, avec un père qui lui a cassé le bras, il a été exposé à beaucoup de violence… et il est aussi alcoolique, c’est le fils d’un alcoolique, comme on dit aujourd’hui il est co-dépendant. Un co-dépendant, c’est quelqu’un qui quand il se noie, voit la vie de quelqu’un d’autre défiler devant ses yeux… J’ai connu un certain nombre de personnes, je pense qu’on a tous connu un certains nombre de personnes, qui racontent : j’ai grandi dans un foyer où papa battait maman, ou maman et moi, ou bien mon père rentrait saoul, et il fallait pas faire de bruit sinon ça pouvait barder… et ces personnes disent invariablement : je ferai jamais ça, moi ! Et puis ils se retrouvent à leur majorité avec un verre à la main, ils se battent dans les bars… le passé à tendance à se répéter. Et moi, je voulais voir comment allait Danny, ce qu’il était advenu du shining. J’étais curieux, voilà. C’est rare, chez moi. D’habitude, je finis une histoire, et j’en ai aussi fini avec ses personnages. Pas parce que je ne les aime pas. Mais parce que je ne sais pas ce qui leur arrive ensuite. J’adorerais savoir ce qui arrive à Lisey Landon à la fin de Histoire de Lisey. Mais j’en sais rien. Petit à petit Docteur Sleep et l’histoire de Danny ont commencé à émerger dans ma tête, et finalement, c’est devenu un livre.

Il y a cette légende comme quoi vous avez passé la nuit dans la chambre 217 du Stanley’s Hotel, en 1974, et que vous avez vécu une histoire paranormale qui vous a donné l’inspiration du Shining. (21’38)

C’est des conneries. C’est rien que des conneries. Y’a des trucs qui sont vrais, et y’a des conneries, là c’est des conneries. Mais oui, c’était bien l’Hôtel Stanley. Mais il s’est rien passé de surnaturel. Ce qui s’est passé c’est que ma femme et moi on avait une fille quand on s’est mariés, et pas longtemps après on a eu un garçon, Joe Hill, qui écrit lui-même des romans aujourd’hui, et je suis très fier de lui car c’est un type extra, enfin, je dis ça mais bien sûr, je suis son père… je dis ça, parce que le truc c’est qu’on a eu des enfants assez jeunes, et notre lune de miel s’est réduite à un week-end à Boston, c’était tout ce qu’on pouvait se payer. Au bout de 4 ans de mariage, on avait toujours pas pu se prendre un peu de temps pour nous. On vivait au Colorado, j’écrivais rien en particulier, et la petite sœur de ma femme, qui faisait baby-sitter, nous a fait : pourquoi vous iriez pas vous prendre un week-end en amoureux ? On a pris la voiture, direction les montagnes, et on est arrivés dans ce superbe hôtel, le Stanley Hotel à Estes Park. Quand on est arrivés on était comme deux petits poissons à contre-courant, car tout le monde était en train de plier bagage. J’ai demandé si on pouvait passer le week-end, et la dame au comptoir m’a dit vous pouvez rester si vous payez cash, parce que notre lecteur de carte bleue retourne à Denver. J’avais des Traveller’s checks pour le week-end, alors on est restés. On était les seuls clients. Et c’était flippant car le vent hurlait dehors, dans la salle à manger toutes les chaises étaient remontées, il y avait de la musique d’ascenseur jouée par les haut-parleurs… c’était vraiment bizarre. On a bu du vin, on a fait un repas sympa… sympa dans la mesure où c’était dans une immense salle à manger avec pas un chat ! Ma femme est remontée dans la chambre, moi je suis resté un moment pour m’imprégner de l’atmosphère. En remontant, dans le couloir, je suis passé devant une lance à incendie enroulée sur le mur. Je me suis dit, et si elle se transformait en serpent et essayait de m’attraper ? En arrivant à la chambre, j’avais tout le livre dans la tête. Il n’y a pas eu de fantôme ou quoi que ce soit de ce genre, mais ce fut un week-end très intéressant, et, à la longue, très profitable…

Stanley_Hotel_Estes_ParkLe Stanley Hotel, inspiration pour The Shining

Vous avez réalisé un film, aimeriez-vous en faire un autre ? Écrivez-vous toujours une nouvelle par an, comme vous le racontez dans Tout est Fatal ? (24,52)

Sur les nouvelles… ça va ça vient, sans raison ni tempo particulier. Malheureusement elles ne viennent plus aussi facilement que quand j’avais la vingtaine ou la trentaine, à l’époque j’avais constamment l’impression que ma tête était pleine d’histoires à raconter, comme si quelqu’un criait au feu dans une salle de ciné, j’avais toujours beaucoup d’idées sous la main. Ceci étant dit… c’était quoi l’autre question ?

Vous avez réalisé un film. Vous auriez envie d’en faire un autre ? (25’56)

Oh, oui, waou, Maximum Overdrive était tellement nullissime que j’adorerais refaire ça ! Enfin, il faut quand même que vous sachiez que l’équipe de tournage était composée d’italiens, qu’on ne se comprenait pas, que j’étais saoul ou défoncé la plupart du temps, et qu’en plus j’avais zéro expérience dans le cinéma. Donc tout le film n’a été qu’un tutoriel sous haute-pression. Je pense que je pourrais probablement faire mieux une autre fois. Qui sait ? Ça serait sympa de re-essayer.

Vous êtes familier des expériences médiumniques et supernaturelles. Dans Docteur Sleep, il y a un moment en particulier où Danny s’occupe d’une mourante… à votre avis, il se passe quoi quand on meurt ? (26,40)

Hé bien… je suis plus intéressé par la mort qu’avant car j’en suis plus proche. C’est un peu devenu un sujet d’étude pour moi. Je parlais à ma femme l’autre jour de cette chanson de Paul Simon sur l’album Bookends, qui raconte « Comment ça doit faire vraiment bizarre d’avoir 70 ans »… [Sur le ton de la vanne] Paul Simon a désormais 70 ans lui aussi, prends ça maintenant, tu sais ce que ça fait maintenant ! La mort m’intéresse, elle a un caractère universel. On passera tous par là, il n’y a aucune exception. La seule autre expérience commune à tous, c’est la naissance, et après ça c’est chacun pour soi. Cependant, la naissance, on l’a tous fait, c’est du passé. La mort… personne n’est jamais revenu nous dire comment c’était. Elle est un mystère. Et le mystère m’intéresse. Écrire sur la mort… je pense que c’est une manière de la comprendre.

La vidéo de la soirée au Grand Rex, par Mulderville.net

(Stephen King était traduit sur scène par un brillant interprète, la vidéo peut donc être visionnée par tous. Faites-vous plaisir !)

Vous pensez parfois à ce qui se serait passé si votre femme n’avait pas récupéré Carrie dans la poubelle ? (28’40)

Je ne sais pas. Franchement, j’en sais rien. C’était une chose tout à fait fortuite. Quand elle a sorti le manuscrit de la poubelle et en a essuyé les cendres de cigarette, on vivait dans un deux pièces, on avait pas le téléphone. Le livre terminé, on l’a envoyé à Doubleday, et l’avance reçue était vraiment minuscule. Six mois après qu’il ait été accepté, ou 2-3 mois avant publication, mon éditeur chez Doubleday m’a appelé et m’a dit on a vendu les droits pour l’édition de poche de ton livre. J’ai dit, c’est génial, vous en avez tiré combien ? Il m’a dit, on a eu 400 000 dollars. J’ai fait, 4000 dollars ? Ce chiffre faisait plus sens pour moi, vous voyez. Il m’a dit non, 400 000. J’ai les jambes qui ont flageolé, j’ai dû m’asseoir par terre, entre le salon et la cuisine. J’étais juste soufflé. Comme si j’avais gagné au loto. Sauf que quand on gagne au loto, on achète juste un ticket. Moi j’avais écrit un livre, c’était un peu de travail. Je me suis dit, faut que j’offre un cadeau à ma femme, c’est elle qui a sauvé ce livre, il faut que je lui offre quelque chose. Mon Dieu, on a 400 000 dollars… vous savez à l’époque, je nous faisais vivre tous les quatre avec 6 400 dollars par an. Donc… il fallait que je lui offre quelque chose, obligé. Mais y’avait rien d’ouvert à part le drugstore du coin. Alors je lui ai offert un sèche cheveux… [la salle rit] la chose dont je me souviens le plus, c’est que ce jour là, elle était allée voir sa mère, et à son retour, elle est revenue dans l’épave qui lui servait de voiture, je lui ai dit que j’avais vendu les droits pour l’édition de poche pour 400 000 dollars et qu’on était riches. Elle a eu cette expression de pure incrédulité et ses yeux se sont emplis de larmes, elle a couvert son visage dans ses mains et elle s’est mise à pleurer. Je me suis dit : seigneur, j’ai fait un paquet d’argent et j’ai fait pleurer ma femme. Qui dit mieux ? [Il s’esclaffe]

“Je n’arrête pas de penser à l’incroyable enchaînement d’évènements qui ont permis l’assassinat de Kennedy”

Vu votre rythme de publication, vous travaillez beaucoup, et vous devez peut-être travailler sur plusieurs projets à la fois. Vous ne vous emmêlez jamais les pinceaux ? (31’30)

Non, pas vraiment, j’ai les idées plutôt claires. Généralement j’écris une chose à la fois. Quand je dois travailler sur deux choses à la fois, ça me rend fou, j’ai horreur de ça. Parfois, je suis obligé, mais j’aime pas ça. Je veux dire [il prend la salle à témoin] les gens, vous écrivez tous, vous êtes tous plus ou moins dans la communication, vous pouvez prétendre être ce que vous voulez. Tout le monde fait ça. Vous pouvez vous dire expert, et là [il se tourne vers le journaliste de CNN qui co-anime la conférence] vous passez sur CNN ! Oups ! Qu’est-ce que je dis ? Vous pouvez faire ça, mais vous ne serez jamais bons, à moins de passer un certain temps à apprendre votre art. C’est comme ça pour tout.

22_11_63_EXE_new_Mise en page 1A propos de 22/11/1963 : quelle est la différence entre écrire une fiction historique et une “pure” fiction ? Pourquoi avoir voulu développer une histoire autour de l’assassinat de JFK ? L’Amérique et le monde s’en seraient-ils mieux portés si JFK n’avait pas été assassiné ? (32,44)

J’ai voulu écrire là-dessus car je pense que c’est l’un de ces instants extrêmement rares où soit rien ne change, soit tout change. C’est l’une de ces rares occasions où quelqu’un, qui n’est ni politicien, ni scientifique, ni lauréat du Prix Nobel, ou leader de quoi que ce soit, prend place sur le devant de la scène internationale et provoque un énorme bouleversement. C’était juste un pauvre tocard, qui travaillait comme homme de ménage dans une bibliothèque et qui avait un complexe de supériorité, il était là ce jour là, il se trouve qu’il avait un peu d’entraînement au tir, il se trouve qu’il était là au bon moment, que la pluie annoncée à la météo n’est pas venue, donc Kennedy était pas dans une voiture fermée mais dans une décapotable… toutes ces choses on fait convergence. Ce n’était ni la première, ni la dernière fois. Les théories conspirationnistes ignorent le fait que parfois, certains sont chanceux tandis que nous autres sommes catastrophiquement malchanceux. J’étais fasciné par ce pivot central dans l’histoire. Et pas que dans l’histoire américaine, mais dans l’histoire mondiale aussi. A cette époque la guerre au Viet-Nam avait pris de l’ampleur. Le mouvement pour les droits civiques montait en puissance rapidement. Et Kennedy était ce type… après sa mort certaines chances ont tourné pour le pire. Lyndon Johnson s’est ramené au Viet-Nam avec une attitude du style [il prend un ton de cow-boy] « c’est moi qui ai les plus grosses couilles, on va leur botter le cul »… ça c’était une chose, mais d’un autre côté il s’est saisi de la mort de Kennedy pour avancer les droits civiques sur le calendrier politique à une vitesse qu’on aurait jamais cru possible avant ça. Tout ça, ce qui serait arrivé si Kennedy avait survécu, m’a fasciné. Quant à écrire de la fiction historique… c’est juste trop de boulot. Vous devez dire toute la vérité sur le background historique si vous voulez que le lecteur croie à votre part de fiction. C’est pas facile. J’avais un assistant dans mes recherches, j’ai engagé un type que je connais depuis longtemps pour aider sur un certain nombre de choses, il a pu répondre sur les trucs basiques, mais pour les gros morceaux j’ai du bosser, aller à Dallas, regarder par la fameuse fenêtre… il y a des gens qui font ça livre après livre… Ça me dépasse. Il y a ces livres, Wolf Hall et Bringing up the bodies… ce sont des merveilles. The Orphan Master’s Son [ndlr : prix Pulitzer 2013] sur la Corée du Nord, c’est un mélange fantastique d’imagination et de faits réels. Vous voyez ce que je veux dire ? C’était intéressant, c’était aussi un défi, ça m’a donné l’occasion de bâtir une fiction autour de personnages réels comme George de Mohrenschildt, cette figure tapie dans l’ombre d’Oswald – je veux pas rentrer dans les détails techniques, sinon vous allez crever d’ennui la bouche ouverte, mais tout le processus a été intéressant. Je me suis régalé avec ce livre.

En Russe, il y a une expression qui désigne une valise très lourde, très encombrante, et sans poignée, qu’il vous faut pourtant porter. On peut dire la même chose des mauvais souvenirs, expériences traumatisantes… en lisant 11/22/1963, nous savons que Kennedy finit assassiné, mais nous souhaitons quand même que les choses tournent bien car vous êtes très doué pour écrire les happy ends… (36’59)

Mmm… vous, vous n’avez pas lu Simetierre, c’est pour ça que vous dites ça…

D’après vous, le dénouement de 11/22/1963 est-il optimiste, et pensez-vous qu’il soit possible de réparer la valise ?

J’aime beaucoup votre expression avec la valise. Je crois que je vais vous la piquer, mais vous n’avez rien entendu… Non, bien sûr, je vous citerais… On ne sait pas vraiment ce qui se serait passé. Evidemment, au cours de 11/22/1963, je voulais qu’il s’en sorte, suffisamment longtemps pour que je puisse jeter un coup d’oeil dans le futur et voir ce qui se serait passé s’il avait survécu. En écrivant une telle histoire, votre thème parle pour vous. Les événements n’arrivent pas sans raison. Enfin, on n’est pas obligé d’y croire, mais il est plus confortable de penser que les choses arrivent pour une raison, comme l’assassinat de Kennedy. Je n’arrête pas de penser à l’incroyable enchaînement de circonstances qui a entraîné cet assassinat. Pas étonnant qu’il y ait tant de théories du complot. Mais on ne saura jamais. La valise n’aura jamais de poignée. Je vous en ai donné une avec 11/22/1963. Vous pouvez la porter un peu plus facilement et peut-être l’ouvrir pour voir ce qu’il y a à l’intérieur, mais bien sûr une fois le livre refermé… la valise perd sa poignée. Wahou, j’adore cette métaphore.

Bonjour, j’écris pour le magazine 30 ans et demi. Dans 11/22/1963(40’06)

Hey, c’est un magazine super, 30 ans et demi, au fait. Quand j’ai vu ça… mais allez-y, continuez, j’avais juste envie de roucouler. [Regardez l’extrait, c’est très drôle]

Dans 11/22/1963, votre personnage retourne dans le passé. Si vous pouviez retourner dans le passé pour changer une et une seule chose dans votre œuvre, que changeriez-vous et pourquoi ?

Sans hésitation, je bosserais un peu plus dur pour faire de Maximum Overdrive un meilleur film. Et je serais tenté de dire que je ne travaillerais pas avec Dino de Laurentiis quoi qu’il arrive, mais de toute façon je ne crois pas que j’aurais à le faire, car c’était un être grandiose à sa manière. Je me souviens être allé chez lui, il était vraiment extra. A l’époque il y avait cette mini série qui passait à la télé, Les Oiseaux se cachent pour mourir. Sa fille, Rafaella, est entrée, elle était grande, sublime, très distinguée, elle avait toujours l’air de descendre de cheval avec ses bottes et ses jeans, elle s’est affalée dans le canapé à côté de son père, elle a croisé les pieds sur la table basse, et elle a tonné devant la télé : “C’EST QUAND QU’ILS NIQUENT ?” Il lui a donné un coup de coude, histoire de la faire taire… il avait ce studio en Caroline du Nord, qui en passant est le studio d’Under The Dome, dont le premier film fut Cat’s Eyes avec Drew Barrymore, qui était alors toute petite, et il a refusé de commencer à tourner avant qu’un prêtre passe le bénir. [Il se prend la tête dans les mains ndlr :] Pour ce que ça a servi… enfin, si je devais revenir en arrière et changer un livre ou un film… mince, vous savez, quand vous vous retournez sur les livres que vous avez écrit, ça a toujours un côté embarrassant vous vous dites, j’ai du mal à croire que c’est moi qui ai écrit ça. D’une certaine manière il ne vaut mieux pas se retourner, parce que vous êtes tenté de tout refaire. [Aux journalistes à ses côtés] Vous voyez ce que je veux dire ?

Oui, ça me dit quelque chose, ça me fait penser à une autre question… (42’34)

J’étais sûr que vous vouliez me poser une question, je vous ai vu venir. Okay. Alors j’ai pas répondu à celle-là, mais allez-y, posez m’en une autre… à laquelle j’aurai pas de réponse !…

Est-ce que le shutdown des USA pourrait vous inspirer ? Durant le shutdown de 27 jours en 1997, Bill Clinton a rencontré Monica Lewinsky… que pensez-vous qu’il se passerait sur un autre shutdown ? Ca pourrait inspirer une histoire ? [ndlr : Le shutdown auquel se réfère le journaliste a en fait eu lieu en 1995-1996]

Bien sûr qu’il pourrait il y avoir une histoire, mais à mon avis, l’affaire Lewinsky est pas un moment si charnière que ça, parce qu’au fond… Clinton a survécu… A vrai dire, actuellement, la politique américaine ressemblerait presque à un de mes romans. Vivre aux Etats-Unis a en ce moment quelque chose de surréaliste. Les deux camps ne se parlent pas. On dirait qu’un tiers du pays, celui composé par les soi-disant états rouges [ndlr : pas les communistes ! Mais les Républicains], est en train de faire sécession. Ils sont tendus comme jamais depuis la réélection de Barack Obama, ils ont piqué une grosse colère… c’est très étrange. Mon roman politique, c’était Dead Zone, qui parlait – encore une fois – d’un assassinat, c’est une spécialité américaine.

lgr_Stephen_King_MuldervilleVous n’étiez pas un peu nerveux à l’idée de vous attaquer à une sequel ? Est-ce que vous avez rencontré des difficultés ? (44’31)

J’étais nerveux en effet. Mais je m’en suis servi, j’ai vu ça comme un défi. Beaucoup de gens considèrent The Shining comme l’un des livres les plus effrayants de leur vie. La plupart d’entre eux déboulent vers moi en disant “The Shining, ça m’a vraiment te-rr-orisé…” et moi je fais : oui, bien sûr, vous aviez quatorze ans, vous étiez en colo, vous lisiez à la lampe de poche, mais bien sûr que je vous ai terrorisé ! C’était facile, vous étiez puceau ! Vous n’aviez pas encore vu Vendredi 13 ou La dernière maison sur la gauche et autres… c’était facile de vous faire peur ! Maintenant, ils ont grandi, et vous savez que quoi que vous écriviez, il y en aura toujours un paquet pour dire : mouaaaais, ça fait pas vraiment peur. Alors je ne dirais pas que j’étais nerveux, mais c’était un défi. L’autre chose qui m’a posé problème, c’est que dans mon roman, l’Overlook n’est plus là, le feu l’a réduit en fumée. Vous avez tous vu le film de Kubrick, où l’hôtel gèle plus ou moins sous la grosse tempête de neige. C’est la différence entre la vision de M. Kubrick et la mienne. La sienne est froide, la mienne est chaude. Bref, l’autre chose qui m’a posé problème, c’est l’hôtel dans ce que je pense être la vraie histoire de la famille Torrance, The Shining, l’hôtel n’est plus. Mais j’avais quand même envie de ramener Danny au Colorado. Car en terme d’équilibre dans un roman, vous devez créer un cercle, il y a une sorte de satisfaction, de plénitude à boucler le cercle. Je peux pas vraiment l’expliquer, c’est comme ça, comme les choeurs à l’arrière plan d’une chanson. Donc je voulais l’y faire retourner, mais sans le forcer. Vous devez jamais forcer vos personnages à faire quoi que ce soit, vous voyez ce que je veux dire ? Enfin, pour moi c’est intéressant. Ca tient autant du défi que de l’amusement. J’aime ce que je fais.

Vous pensez que les jeunes d’aujourd’hui peuvent encore être sensibles à la science-fiction et l’horreur comme avant ? Malgré tous les films et jeux vidéo violents auxquels ils ont accès et qui mordent dans votre gâteau ? (47,17)

Je pense qu’il y a encore un appétit pour ce genre de… comment dire, de trouille contrôlée, comme l’une de ces attractions à Disneyland où tout a l’air très très effrayant mais en fait vu de près, pas du tout. Le plus gros du marché pour la fantasy et l’horreur est constitué de gens d’environ 15 à 30-32 ans, quelque chose comme ça. Parce qu’à cet âge, on se sent invulnérable. Alors c’est amusant de regarder quelqu’un se faire terroriser par un démon dans une maison, quand c’est bien fait. Ca n’a pas d’importance que vous ayez 15 ou 50 ans : si c’est nul, si c’est mal fait, ça se voit tout de suite et ça ne marche pas. Mais à 50 ou 60 ans, on a moins tendance à se faire peur au cinéma parce qu’on a vu des horreurs en taille réelle dans la vie. Le cancer, la perte de proches… Enfin, personne n’est jamais complètement immunisé contre la peur, il faut que je le dise, le secret pour effrayer les gens est de créer des personnages auxquels les gens s’attachent. Si vous compatissez avec eux, et s’ils sont mis en danger, alors vous aurez peur pour eux. C’est l’un des grands traits de la nature humaine, nous sommes dotés d’empathie, de la capacité de nous mettre à la place de quelqu’un d’autre, de ressentir ce qu’ils endurent. Il y a une série, et j’espère que mon éditeur, Albin Michel, pourra me trouver les DVDs, il y a une série française, Les Revenants – je dois mal prononcer mais ça fait un moment depuis mes cours de français du lycée – ça s’appelle The Returned en anglais. C’est génial. Qui l’a vu ? Levez la main… vous êtes pas beaucoup, bordel, faut sortir un peu… elle est super. Un bus tombe d’une falaise. Tous les enfants qui partaient en classe verte sont tués. C’est pas gore ou horrifique du tout, on voit le bus, il dérape et sort du champ, il y a des effets sonores et c’est tout. Puis quatre ans plus tard, les enfants commencent à revenir. HoooOOOooouuuuuu ! Et c’est génial, parce qu’on voit les gens qu’ils ont laissé derrière eux, ça parle du deuil, c’est très humain. C’est ça qui marche.

(La chouette photo ci-dessus, comme les deux vidéos, a été prise par Mulderville.net lors de la soirée au Grand Rex avec les fans. Soyez sympas, allez voir son site)

Son pouvoir désormais presque sous contrôle, de quoi Danny Torrance a-t-il encore peur ? De quoi avez vous peur ? Quel part d’autobiographie avez-vous mis dans ce personnage ? (51’01)

Pas beaucoup. Jack Torrance est peut-être plus autobiographique. Mais à un certain niveau, tous les personnages qu’invente un écrivain sont autobiographiques, on ne fait que les déguiser au mieux. Quant à ce dont j’ai peur à présent… à mon âge, ce serait Alzheimer. La démence. Les capacités cognitives qui déclinent. Ca, ça me fout une peur bleue.

11/22/1963 : vous pouvez nous dire ce que vous faisiez ce jour-là ? Vous vous en souvenez ? (52’54)

On s’en souvient tous, je crois. J’étais sur le chemin de l’école, c’était une toute petite ville et il n’y avait pas de ramassage scolaire. Un groupe de parents s’était organisé pour louer un taxi qui faisait la navette. Le conducteur était un vieux ronchon au sale caractère, qui disait jamais un mot et ne mettait jamais la radio, à chaque fois on devait attendre de rentrer à la maison pour avoir un peu de rock. Ce jour là, il avait mis la radio, et on a entendu que quelqu’un avait tiré dans la tête du président. Le chauffeur nous a dit, si la tête a pris, c’est fichu. Évidemment, ça a été confirmé quelques minutes plus tard. A la maison, ma mère pleurait. Elle était républicaine, mais elle n’arrêtait pas de dire pauvre femme… pauvres enfants… je m’en souviens très clairement.

[Il demande aux deux journalistes à ses côtés ce qu’ils faisaient ce jour fatidique. Ils s’en souviennent]

L’organisation de la conférence de presse nous a dit que la dernière fois qu’il y avait eu autant de monde, c’était pour Colin Powell lors de la guerre en Irak. Ca ne vous effraie pas ? (54’55)

Je ne comprends pas tout cet intérêt. Je ne suis qu’un vieil écrivain fatigué et usé… mais c’est super que vous soyez si nombreux, j’ai l’impression d’être Justin Bieber. C’est pas effrayant, c’est merveilleux. Je suis enchanté que vous soyez là.

Qu’allez vous faire en tant que touriste à Paris ? (54’55)

Hé bien, j’ai des trucs prévus mais si je vous le disais je devrais vous tuer. Bon, je crois qu’il faut que j’aille au Louvre. Que je mette du rouge à lèvres et que j’aille embrasser la pierre tombale d’Oscar Wilde. Que je fasse le pèlerinage sur la tombe de Jim Morrisson. Enfin quoi, on se refait pas, bien sûr que je vais aller dans un cimetière ! Merci à tous.

A question cliché, réponse cliché. Il faut ici préciser que Stephen King, qui a *un peu* d’argent et un passeport, est déjà venu à Paris, mais incognito, avec sa femme. Son agenda pour cette semaine publique était plutôt chargée, avec quantités d’entretiens côté face, et des galas et rencontres avec les libraires côté pile…

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1 commentaire

    Club Stephen King  | 23/11/13 à 14 h 08 min

  • Chapeau pour le boulot de la traduction exhaustive de la conférence de presse! Je ferai un lien vers cet article dans ma page dédiée à la conf !

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