La vie secrète de Marine le Pen : et vogue la galère !

21/03/12 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres

Grâce à son nom de famille et déjà plusieurs années de vie politique, beaucoup croient connaître la candidate frontiste à l’élection présidentielle de 2012. Pourtant, peu savent qu’elle a été martyre durant son enfance, victime des agressions envers son père, survivante d’attentat, bref, une enfant brimée, parfois même sans logis. Issue d’une minorité qui a beaucoup souffert – les frontistes – elle s’est forgée le caractère par la force du poignet, s’est longuement entraînée à lever le coude et faire la fête au frais du Parti. Bien sûr, papa n’est jamais loin, ni des conversations, ni physiquement, encore moins dans le discours, même si elle s’évertue à « dédiaboliser » le FN.

Caroline Fourest, journaliste et chroniqueuse, a signé en 2011, en collaboration avec Fiammetta Venner, un premier livre sur la dame, intitulé simplement Marine le Pen (éd. Grasset) et dont la bande dessinée La vie secrète de Marine Le Pen s’inspire largement. Les deux femmes, habituées à un certain militantisme anti-raciste, anti-obscurantisme ou totalitarisme, ont rencontré Marine le Pen à plusieurs reprises, ainsi que les principaux acteurs de l’histoire de sa vie. Elles s’inspirent également de ces propos issus de son autobiographie sortie en 2004, A contre flots (éd. Grancher). Ainsi, de nombreux dialogues sont issus de ces deux ouvrages et, souvent, les propos tenus par l’avatar de Marine le Pen dans la bande dessinée sont des paroles qu’elle rapporte elle-même dans son livre ou qu’elle a pu tenir lors d’un enregistrement. Journaliste sérieuse et attentive, Caroline Fourest ne veut pas faire de l’a priori, même pour un album de bande dessinée de divertissement, plutôt classé coté humour et caricature que satire politique.

La structure de l’album est quasiment la même que dans l’ouvrage Marine le Pen. Avec Jean-Christophe Chauzy, Caroline Fourest choisit d’aborder ces propos par la fiction, en créant le personnage de Lenoir (nom qui ne manque pas de piquant), journaliste convoqué par Marine elle-même pour écrire ses mémoires. La « fille de » va donc se livrer à son « nègre » afin qu’il rende compte, par écrit, de la dureté de sa vie, brimée dès son plus jeune âge en raison de son ascendance. Les auteurs, les vrais cette fois, découpent leur histoire par grandes périodes de sa vie, présentant, au préalable, quelques acteurs, c’est à dire les personnages importants que l’on retrouve dans le récit et qu’on ne connaît pas toujours très bien. De ce fait, l’album s’imprègne d’un ton un peu didactique, facile à suivre, évitant les caricatures excessives et les jugements de valeurs, laissant les protagonistes parler pour eux-mêmes, se desservant tous seuls. Le tout ne manque pas d’humour, de dérision, avec une mise en page et un découpage favorisant le burlesque.

Jean-Christophe Chauzy arrive à glisser sa patte dans un discours maîtrisé par Caroline Fourest. Son trait ne tombe jamais trop dans la caricature et alterne entre style journalistique rapide et semi-réaliste avec des détails de bâtiments et de décors. Les ressemblances avec les personnages réellement existants sont parfois douteuses (comme Dieudonné). Cependant, étant donné la difficulté de la mesure dans ce genre d’exercice, Jean-Christophe Chauzy s’en sort très bien, aidé par une mise en couleurs simple et efficace de Lza.

La vie secrète de Marine le Pen est un album intelligent, mesuré malgré le sujet, ne tombant jamais dans l’excès ni graphique, ni littéraire, comme peu d’albums politiques savent le faire. Peu emballant, toutefois.

La vie secrète de Marine le Pen, par Caroline Fourest & Jean-Christophe Chauzy, éditions Glénat/ Drogstore, février 2012.

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