Osamu Tezuka

17/07/10 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Pourquoi les étrangers ne comprennent-ils pas l’engouement des japonais pour les mangas ? C’est parce que dans leur pays, ils n’ont pas Osamu Tezuka !
Voilà ce qu’on peut lire au dos du premier tome de la biographie en manga de ce génie du crayon, de ce conteur intarissable, qui laisse derrière lui une Œuvre impressionnante : 40 séries (comptez au moins 4 tomes par série), une quinzaine de dessins animés ! Avec ce mangaka, on n’utilise que trop peu de superlatifs.

Tezuka par lui-même et en photo

La science en point de mire

Osamu Tezuka naît en 1928 dans la province d’Osaka. Ses parents, appartenant à la classe moyenne, sont des gens cultivés, aimant la photo, le théâtre, le cinéma, des arts encore nouveaux. Son père fit même l’acquisition d’un vidéo-projecteur pour la famille.
Il passe sa scolarité entre le dessin et sa passion pour les insectes. Avec ses amis, ils fondent un groupe d’amateurs de sciences naturelles et augmentent constamment leur curiosité pour la science en général.
Très tôt, il passe des heures sur une feuille à inventer des histoires et à diffuser ensuite ses mangas à toute sa classe. Il se sert même du matériel de l’école pour en reproduire quelques uns. Certaines de ces histoires de jeunesse – dont il a conservé précieusement la trace – serviront de bases pour des futurs albums édités cette fois-ci.
La Seconde Guerre Mondiale et la préparation des jeunes japonais aux combats, entrainent une rigueur qui ne lui laisse guère le temps de dessiner. Malgré les difficultés, il ne quitte jamais son crayon. Lorsque, quelques années plus tard, il intègre la faculté de médecine, il partage toujours son temps entre les études, le dessin, sa passion pour le théâtre, qu’il pratique et pour le cinéma où il se rend régulièrement.
Nul en sport durant sa jeunesse, il découvre cependant le marathon, qui lui convient tout à fait. Il tire de grands avantages de cet entraînement, sachant mener un effort sur le long terme. « Les éditeurs qui suivent Osamu Tezuka peuvent dire adieu à leur femme et leurs enfants », précise la couverture du tome 2 de sa biographie.

Succès animés

En 1947, à 19 ans tout juste, Tezuka connaît un premier « gros » succès avec La Nouvelle île au trésor, qui s’écoule à 400 000 exemplaire, alors même que le papier manque dans le Japon d’après guerre. La carrière d’Osamu Tezuka est lancée.
Il ne lui faut que quelques années de plus pour créer l’un des personnages les plus emblématiques du manga : « Astroboy ». En 1952, alors que les conditions de vie sont toujours aussi dures pour les japonais, la lecture d’Astroboy rend le cœur des enfants plus léger. Futuriste et joyeuse, la série connaît un succès immédiat. Dix ans plus tard, Tezuka en tire un long métrage animé, puis une série pour la télévision. En France, 12 tomes sont édités, et 51 épisodes d’animés en 1980-81. Pour toute une génération, Astro est leur premier manga animé.

C’est précisément au début des années 50 que Tezuka se consacre aux animés presque autant qu’aux mangas. En 1951, il crée Le roi Léo, également un succès immédiat. De ces quelques albums, il tire trois années plus tard un long métrage animé, puis des épisodes pour la télévision. C’est le début d’une grande histoire d’amour entre le manga et la télévision.
Pour cela, il fonde en 1962 sa propre maison de production d’animés, Mushi Productions, dont le nom est inspiré de celui d’un insecte ! Toute sa carrière est jalonnée de dessins animés. Certains sont inspirés de ses propres albums, d’autres de légendes ou récits universels. Tous portent la marque du talent narratif et graphique du maître.

Jusqu’à sa mort en 1989, on estime à 120 millions le nombre de manga de Tezuka vendus dans le monde, sans compter le nombre de spectateurs seulement pour Astro

Bande-annonce du film de 2009

Générique de l’animé des années 80

Influences adaptations

Très jeune, il découvre le cinéma chez lui, grâce au projecteur de son père. Cette culture du cinéma et du théâtre ne le quittera pas. Même lorsqu’il était à la faculté de médecine, qu’il consacrait une grande partie de son temps à dessiner, il continuait à aller voir 365 films par an !
Très tôt donc, il découvre les dessins animés américains. Son préféré ? Bambi. Cette œuvre et plus généralement le travail de Walt Disney marque le dessin du jeune Osamu. Il lui emprunte un trait rond, une ligne claire, une grande expressivité dans les visages, dans les mouvements, une dynamique constamment présente. Il suffit de voir quelques personnages animaux pour se rendre compte de l’influence de Disney sur Tezuka. Ce-dernier crée alors l’une des caractéristiques les plus copiées des mangas japonais : de grands yeux ronds de biche. On sait d’où ça vient…

De Disney, Tezuka développe également l’attrait pour la réécriture de classiques de la littérature mondiale, tel que La nouvelle île au trésor en 1947. Comme le maître américain, le mangaka reprend Pinocchio, Blanche neige. Juste retour des choses, en 1994, les productions Walt Disney sortent Le Roi Lion adapté du manga d’Osamu Tezuka, Le Roi Léo !
Il reprend des légendes ou des mythes asiatiques et universeles également, tels que les vampires (Vampires, 1966-69), Dracula, (Dom Dracula, 1979), Bouddha (La vie de Bouddha, de 1974-1984), ou encore la légende du singe guerrier chinois (La légende de Songoku, commencé en 1952). Songoku, petit singe né de la montagne qui développe des talent de guerrier au point de rivaliser avec les Dieux, se déplace sur un nuage et s’aide d’un bâton magique, n’est pas sans rappeler un autre héros célèbre, créé par Akira Toryama en 1984 pour Dragon Ball.

Sangoku (Toriyama) et Songoku (Tezuka)

Toujours la Science

Outre la littérature et les adaptations qui jalonnent son Œuvre, une des influences majeures dans l’œuvre du maître est à chercher du coté de la science. Très tôt il est intéressé par le naturalisme, en particulier les insectes (il signera parfois ses œuvres de pseudonyme/ homophone osamushi, qui est le nom japonais d’un insecte).
Black Jack[i] est une œuvre qui s’appuie sur ses connaissances de médecin pour dépeindre un univers de chirurgie clandestine. [i]Astro, évidemment, mais également, Lost world, Next World, Prince Norman ou d’autres encore s’inspirent de la Science Fiction et notamment du travail d’Isaac Asimov. Comme beaucoup de scientifiques, il aime à créer, à imaginer en se basant sur ses propres connaissances et ses capacités. Ses œuvres de science-fiction sont sans doute celles qui lui ressemblent le plus.

Le fantastique est présent également, dans Barbara, avec la magie, mais celle-ci reste moins présente que la science-fiction. On la retrouve également associée à un autre plaisir de Tezuka, à savoir la présence des animaux, dans Demain les oiseaux paru en 1971. Cet album raconte le bouleversement organique des oiseaux, suite à des nourritures pour booster leur intelligence. Résultat, les oiseaux veulent prendre le contrôle du monde et supplanter la suprématie des humains. Ce manga relie les notions scientifiques et naturalistes de Tezuka, sa connaissance de la littérature, son goût pour la science-fiction et les histoires longues et intenses. Cette notion narrative assez peu utilisée avant Tezuka est nommée le « story-manga ».

Le Story-Manga

Les apports d’Osamu Tezuka au manga dépassent l’énumération. On le nomme parfois le « Hergé japonais », tant pour son graphisme, son goût de l’histoire et la marque qu’il laissa à cet art japonais. Parmi ses apports, on compte ce que l’on appelle le « story-manga », c’est-à-dire, les albums dont l’histoire forme une suite et non une succession d’épisodes, tel que le font souvent les mangas pour enfants. D’ailleurs, il développa aussi le concept de manga pour adultes. Non qu’avant Tezuka cela n’existait pas, mais comme Hergé est le père de la ligne claire sans l’avoir inventée, Tezuka marqua l’histoire du manga par cet apport. Il y a un avant et un après Tezuka.

De ses années d’Université, à la fac de médecine, Tezuka tire l’expérience du théâtre. Il se plaignait souvent qu’on lui donnât des seconds rôles et pas toujours très sérieux, mais il se délectait à monter sur les planches. Ces pièces, classiques ou contemporaines, Tezuka les reprenait parfois en bande dessinée, créant ainsi une sorte de story board de ce qu’il faisait sur scène. Cette expérience nourrit grandement l’esprit de Tezuka lorsqu’il s’agissait de créer des histoires complètes, des « Story-Mangas ».

Eventail de personnages récurrents

 

Du théâtre, il tire un élément assez peu utilisé dans les mangas, dans la bande dessinée d’une manière générale : il invente la récurrence des personnages. Comme un metteur en scène aurait un acteur fétiche lequel prête ses traits à différents personnages, ainsi Tezuka va créer des personnages « types » qui réapparaissent dans plusieurs albums, sans qu’il y ait un lien entre eux. L’exemple le plus frappant est « Oncle Moustache », « Shunsaku Ban », le professeur d’école dans Astroboy. Il eut également un « rôle » dans le Roi Léo. C’est l’un des tout premiers personnages de Tezuka à faire son apparition dans différents albums.
Astro a également déjà connu des pages de gloire dans Black Jack.
Enfin, à l’instar d’Hitchcock, Tezuka lui-même se représente facilement dans ses mangas, reconnaissable à son éternel béret vissé sur la tête, ses lunettes et son nez imposant.

Cette utilisation récurrente de certains personnages est sans doute une des influences du théâtre qu’à reçues Osamu Tezuka. A ma connaissance, aucun auteur de bande dessinée, de quel continent qu’il vienne, n’a jamais réutilisé volontairement un personnage dans plusieurs albums. Osamu Tezuka montre là encore une façon de raconter les histoires originale et sans précédent.


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1 commentaire

    ramuncho  | 30/07/10 à 11 h 36 min

  • terrible la recherche sur Tezuka ! Et Astro… lui qui a bercé notre enfance !

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