Interview : Editions L’oeil d’or

18/02/11 par  |  publié dans : Livres | Tags :

Les Editions l’Oeil d’Or ont publié l’excellent Journal d’Adam, Journal d’Eve de Mark Twain et l’osé Examen critique de la pétrification de Thorne Smith. Ces découvertes, nous les devons à Jean-Luc André d’Asciano, éditeur de coups de cœur, qui s’est prêté au jeu des questions /réponses…

Votre maison d’édition reste pour le lecteur un vrai mystère… quand et comment votre histoire d’amour avec L’Oeil d’Or a bien pu débuter ?

C’est déjà une vieille histoire puisque L’Œil d’or fut fondée en décembre 1999, presque un 31 décembre… À l’origine, nous étions deux amateurs éditeurs, très Bouvard et Pécuchet – Thibaut Marcq, auteur de livres de cuisine avec des chefs étoilés et moi-même, thésard affamé – et deux graphistes – Olivier Andreotti et Pénélope Monnet – perçus comme une entité puisque couple talentueux et inséparable. Mais l’aventure s’annonçant longue, mon comparse et les deux graphistes s’en sont allés vivre leurs propres aventures sous d’autres cieux. Heureusement, L’Œil d’or fut très rapidement rejoint par Stéphanie Thomas, maquettiste, webmaster et parfois même, contre son grès, comptable. C’est en grande partie grâce à elle que l‘œil a pu croître au point de se faire passer, si ce n’est de cyclone, de mini-cyclope. Après, il y a aussi Sarah d’Haeyer, éditrice, auteur et graveuse, qui a réalisé les illustrations de nos Twain, du Thorne et du Courrière, et depuis peu Camilla Diez, traductrice du français vers l’italien, qui a pris en charge les relations avec les librairies.

Parlons un peu de Sarah d’Haeyer justement… Comment votre collaboration avec cette illustratrice s’est-elle opérée ?

Je l’ai rencontrée en 2001 sur le stand des éditeurs du Nord-Pas-de-Calais.

De fil en aiguille nous avons sympathisé, j’ai pris en main une partie de sa distribution, puis je lui ai demandé d’illustrer ma première fiction, le journal d’Adam et Ève. Et après tous les Twain à venir, et le Smith, et le livre sur Courrières, Sarah habitant dans le bassin minier. Ensuite, le principe est simple : je lui donne le texte, elle l’illustre comme elle veut, sans la moindre indication de ma part. Je me réserve le droit de ne pas publier ce que je ne trouve pas réussi (c’est arrivé pour une gravure sur la cinquantaine qu’elle m’a jusqu’ici fournie) ou d’intervenir sur la couverture. Pour les aventures de Huck finn, j’ai préféré un dessin qui se trouvait à l’intérieur du livre à celle qu’elle m’avait proposé, on les a donc intervertis. Pour le Courrière, elle a travaillé à partir de documents préexistants.

 

 

 

 

 

 

 

Votre catalogue de publication est très varié : des essais, des romans fantaisistes, des portraits, des livres de cuisine et pour enfants, des livres sur la danse et d’autres sur l’architecture… Parmi vos pépites, quel est le livre dont vous êtes le plus fier ?

Mais je les aime tous ! Bon, après il y a des livres qui se défendent tout seuls, comme les Mark Twain, qui sont parfois des inédits et toujours de nouvelles traductions accomplies par Freddy Michalski, j’ai une certaine affection pour le Thorne Smith, grand déjanté burlesque des années folles, et après… Le Cennino Cennini est une merveille : c’est le premier traité des arts de l’histoire occidentale, en somme une nouveauté du XIVe siècle. Le Des Monstres et prodiges d’Ambroise Paré est un très beau cabinet de curiosité du XVIe siècle, illustré d’une centaine de gravures. Notre Méditerranée d’entre les mères, dictionnaires des fruits, épices et légumes se construit autour des recettes… de ma propre mère… Mes livres sur la danse sont en fait des livres sur les arts de la scène, et j’aime assez l’idée de parler des arts du vivant en utilisant un minimum de photographie… Je ne parlerai pas de l’essai sur Genet, puisque je l’ai écrit, mais je peux vous citer celui sur Ellroy, ou encore les témoignages des mineurs ayant survécu à la catastrophe de Courrières – ils sont remontés par leur propre moyen du fond de la mine, cela a pris 3 semaines… Non, décidément, je les aime tous !

Et dans vos rêves les plus fous, vous publieriez quoi ?

D’abord des bizarreries qui ont malheureusement (ou heureusement pour les lecteurs) déjà été publiées comme L’Âne d’or d’Apulé, ou encore Les Aventures de Simplicius Simplicissimus, de Grimmelshause, ou des choses qui n’ont en revanche jamais bénéficié d’une édition complète, comme Le Mahābhārata, qui n’a encore jamais été traduit dans son intégralité – cette épopée écrite en sanskrit ancien compte près de 18 tomes… De manière moins complexe mais beaucoup plus irréaliste, tout éditeur de petite maison peut se poser la question suivante : comment éditer de la fiction contemporaine? Trouver des textes d’auteurs inconnus qui soient de pures merveilles est déjà en soi une chose très rare, et même quand c’est le cas, les libraires vous expliquent qu’ils ne prennent pas dans leurs rayons des auteurs inconnus publiés chez des éditeurs inconnus. Le rêve serait donc d’être assez (re)connu pour que l’on puisse dire : “je ne sais pas ce que c’est, mais ça vient de L’œil d’or, donc j’ai confiance…”

Bon, mais redescendons sur terre un instant… Vous nous mijotez quoi pour cette année 2011 ?

Fin mars début avril, trois textes doivent sortir : Bric-à- brac man, de Russel Greenan _ ce magnifique auteur de roman noir a vu presque tous ses titres publiés chez Rivages et Série noir. On y suivra les escroqueries quotidiennes d’un brocanteur-cambrioleur presque gentleman… dans un registre plus curieux, un Mark Twain, Qu’est ce que l’homme, qui clôt la trilogie nihiliste entamée avec L’Étranger mystérieux et Lettres de la terre, si ce n’est que cette fois-ci Twain ne joue pas de l’art de la fiction pour critiquer la religion ou l’espèce humaine, mais plus du dialogue philosophique. Enfin, le dernier texte est autant politique qu’historique : il reprend les minutes d’un procès qui s’est tenu dans le Morvan en 1910, autour d’un centre pour enfants attardés+colonie pénitentiaire +orphelinat. Voilà : de la fiction, un peu de philosophie et des documents historico-politiques…

Une citation, un coup de gueule, vos états d’âme du moment???

“A good dog is a cat”

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