Carnets Latins : le Pérou

03/01/10 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags :

Après avoir remonté l’Amazone de la Guyane Française puis du Brésil, nous voici au Pérou.

Iquitos : Lisset la cuisinière

Au cœur de la selva, Iquitos est réputée pour sa fourmilière de bruits et senteurs : le grand marché de Belén. Sur le bitume et la boue, les tréteaux sont garnis de fruits, de légumes, d’œufs, d’épices ou de tabac. Les poulets sont ébouillantés ; les poissons sont assommés ; les tortues sont éventrées ; des étals entiers de viandes présentent les animaux des oreilles à la queue. Le tout au milieu des errances de chiens incontinents et sous le regard alléché des maitres charognards.

Notre plaisir est d’y manger pour quelques soles (1 sol = 25 centimes d‘euro) des plats plus que garnis sur des tables de cantines. Du riz, des œufs, des saucisses ou encore des tamales, des juanes (toutes sortes de choses cuites dans une feuille de banane), des empanadas (beignets de pommes de terre fourrés à la viande), accompagné de chicha (jus de maïs noir), de cebada, de jugo de papaya ou de surtidos.

Là, nous rencontrons Lisset, une cuisinière qui se prend d’affection pour nous (sans doute parce qu’elle n’a pas l’habitude de servir des petites têtes blondes sur des établis qui ne respectent aucune condition d’hygiène). En fin d’après midi à horaires fixes, elle nous emmène découvrir les bords de la ville : balade en barque, visite des faubourgs du marché. Elle encouragera aussi Sidney, intrigué par la présence de tatous presque entiers sur certains étals, à se laisser tenter. C’est bon, ça a le gout du petit salé mais il faut dépasser l’apparence répugnante.

Nous repartons d’Iquitos à bord du Baylon pour rejoindre Pucallpa vers le centre du pays. Encore une fois, le trajet prend sept jours au lieu de cinq avec télé ou musique à fond (et pas la meilleure : à base de dance des années 90 – ils sont fans d’Ace of Base ici – et d’une Shakira locale). Pour manger, c’est la soupe populaire, nous venons faire la queue avec notre tupperware et nos tickets de rationnement et les cuisiniers, derrière des portes grillagées, nous versent d’un coup de louche la soupe de plantain ou du riz et notre poulet quotidien.

Chavin de Huantar

Le stop fonctionne ici. Nous commençons le chemin à l’arrière d’un pick-up et observons librement les paysages dans le vent. Nous passons un long moment seuls, au milieu de nulle part et c’est quand il commence à grêler qu’une famille nous accueille dans sa voiture. Nous arrivons dans le petit village antique de Chavin.

Le grand Empire Inca n’est pas né de rien. De nombreuses autres civilisations le précèdent, parmi lesquelles, à l’origine, l’ « horizon de Chavin » (1300-800 av. JC environs), près de 2000 ans avant. À travers la construction d’un centre cérémoniel d’une fonctionnalité assez subtile pour l’époque, les chamanes posèrent les bases d’un système social et religieux. Lors des cérémonies, ils guidaient au chant des pututo (coquillages dans lesquels on souffle) les fidèles sous l’influence de plantes hallucinogènes dans ces galeries où grondait fortement le passage du Rio Mosna à proximité, détourné pour l’occasion. L’effet recherché était celui d’un rugissement de jaguar, divinité féline du petit panthéon d’alors. En arrivant par les galeries sur la place circulaire, les fidèles hallucinés devaient sans doute assister dans l’effroi à la transformation du chamane fou en jaguar, à laquelle correspondaient les sculptures des pierres du centre cérémoniel.

Chavin ou la peur comme moyen de domination. Efficace.

Lima

L’arrivée à Lima est un bond dans le temps de plus de 2000 ans, une autre page de l’histoire. Son centre ville s’organise autour de la Plaza de Armas où s’élève la grande cathédrale qui recueille la sépulture du conquistador Francisco Pizarro et regorge de maisons coloniales et d’églises baroques aux façades chargées, inspirées trop souvent du lourd style churrigueresque espagnol.

Le Musée de la Nacion, plus grand musée du Pérou, témoigne lui aussi, par la pauvreté de ses collections, des ravages de la conquête espagnole. Deux récentes expositions en France donnaient une vision beaucoup plus complète des grandes civilisations andines. Rien ne subsiste des grands tissus cérémoniels de Paracas, des objets de liturgie ou emblèmes de pouvoir en or des grands Empires de Nazca, Moche et Inca. Plus rien. De prestigieux en tout cas. Une bonne manière pour les chrétiens sans doute de faire intégrer leur religion plus facilement aux indigènes, dépouillés de leurs objets de culte.

La façade (chargée) de Santo Domingo

Cusco : le Machu Picchu

Trois jours de stop pour quitter la capitale coloniale et rejoindre celle antique du grand Empire Inca. Le premier jour, nous longeons la côte et le désert de sable jusqu’à Nazca, lieu célèbre pour ses gigantesques et mystérieuses lignes au sol dessinant des animaux dans un graphisme presque avant-gardiste. Le deuxième jour, nous grimpons les hauts plateaux de pierres jusqu’à certains pics enneigés comme des clandestins à l’arrière d’un camion ouvert. Le troisième jour, nous redescendons dans les vallées et avançons le long des ruisseaux ensoleillés et des plaines verdoyantes en écoutant des musiques folkloriques à base de flûtes, de charango et de percussions à bord d’un gros 15T.

La statue du dernier empereur inca Atahualpa nous accueille à l’entrée de Cusco, réputée pour avoir conservé sa tradition. D’où un certain étonnement lorsqu’en arrivant dans le centre historique, nous constatons que le seul véritable vestige Inca est la belle muraille de pierre de la ville d’origine et quelques autres pierres, visibles à l’œil averti, servant de fondations pour les nombreuses églises coloniales de la conquête. Ainsi en est-il du Palais de l’Inca Roca sur la place principale recouverte de la grande cathédrale en pierre rouge. Belle et monumentale, elle présente de grands retables et de nombreux tableaux de l’école de Cusco. Les scènes bibliques et leurs codes de représentations sont souvent peintes d’une manière naïve et seuls certains détails marquent une volonté de se distinguer de la tradition occidentale (comme la présence par exemple du cochon d‘Inde cuisiné et accompagné de petits piments sur la table de la Cène).

La cathédrale de Cusco

Cusco, c’est avant tout le point de départ de nombreuses visites de sites archéologiques parmi lesquels le célèbre Machu Picchu : tous les chemins y mènent. La version riche, pas fatigante, revient, en comptant le train, le bus et l’entrée à 150 euros par personne. La version backpackers consiste à se payer un trek qui dure entre 4 et 7 jours et coute entre 200 et 500 euros, le plus emprunté étant celui du chemin de l’Inca où s’agglutinent généralement les nombreux touristes. La version moins riche et un peu sportive quand même nécessite de nombreux calculs puisqu’elle se fait sans agence : 8 heures dans deux bus locaux et 7 heures de marche (bon, ça n’aurait dû en prendre que 4) et revient en tout et pour tout, nuit et alimentation comprises, à 125 euros à deux, soit, tout de même, un quart de nos dépenses péruviennes totales.

Nous arrivons sur le site dans une brume très matinale. Voyant des escaliers en pierres et des gens qui les empruntent, nous nous acheminons à leur suite. Mais les escaliers ne s’arrêtent pas. Ils sont hauts de 30 centimètres et parfois larges seulement de 10 et grimpent à pic dans la forêt. Au bout d’une demi-heure, nous comprenons que nous montons la montagne sacrée du Machu Picchu par le chemin le plus long. Au bout d’une heure et demi, nous arrivons en haut, au point de vue. Heureusement, la brume disparait progressivement – mais sur la descente – nous offrant à nous, uniques spectateurs, (puisque les autres ont payé leur montée sur le Wayna Picchu – on se console comme on peut) des panoramas imprenables sur ce lieu mythique aux pieds des montagnes.

Au final, nous n’atteignons le site que tardivement, presque en même temps que les milliers de touristes arrivés par le train de 10h – chouette. Les murs de pierres, mais aussi l’absence de toits, de sculptures ou d’ornementations, placent ce site (découvert en 1911) hors du temps et l’entourent de mystère. En dehors des terrasses (autrefois cultivées) et du système de canalisation, seule la taille des pierres et la construction de certains édifices témoignent de la mise en place d’une société très organisée et très hiérarchisée. Impressionnant.

Direction la Bolivie

Nous quittons Cusco et la vallée sacrée pour nous diriger vers la Bolivie où nous souhaitons, après ce périple sans interruption, nous poser quelques temps. À la frontière nous traversons l’immense Lac Titicaca, lieu des origines mythiques de la culture antique de Tiwanaku et du grand Empire Inca.
C’est Noël.

Le lac Titicaca

Photos (c) LA
Carnets latins : épisode précédent.

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