La controverse du Che

02/11/07 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags : ,

40 ans…

Les quarante ans de la mort d’Ernesto Che Guevara sont en ce moment-même commémorés un peu partout dans le monde hispanophone. Pour célébrer cet évènement, le Circulo de los Bellas Artes de Madrid accueille une exposition photo pour entrer dans l’intimité du mythe, pour s’approcher au plus près du quotidien un homme comme les autres que l’histoire a changé en héros pour les uns, en guerrier sans compassion pour les autres. Loin de toutes ces polémiques, l’exposition se charge de montrer sous un jour nouveau le Che dans les moments les plus marquants de sa vie de petit garçon, d’adolescent aventureux, d’amoureux, de père et d’ami. La quarantaine de photos réunies, toutes en noir et blanc, sont autant de témoignages marquants et émouvants d’une vie bien remplie. On se surprend à chercher le visage du jeune Ernesto sur une photo de classe comme on pourrait le faire d’un ami proche, à le trouver beau et fier, réparant sa moto qui lui a servi pendant son long voyage dans l’Amérique du Sud, à sourire en le voyant passer du bon temps avec ses amis (qui ne sont autres que Fidel et Raul Castro), à s’attendrir en le surprenant, presque, déguisé pour faire rire ses enfants, à s’interroger à la vue de ses blessures de guerre. Voilà les émotions que cette exposition veut faire naître en chacun des visiteurs, les mêmes émotions que tout un chacun peut ressentir en feuilletant un album photo de famille où il n’y aurait presque que les bons souvenirs. C’est au travers de cette fausse banalité que l’on a l’impression vraiment de connaître cet homme et de comprendre qui il a été.

Des révélations

Mais les anniversaires de mythes tels que le Che ne se contentent jamais d’une exposition photo, aussi l’actualité de Guevara est-elle brûlante. En effet, le quotidien espagnol El País s’est récemment livré à une enquête plus approfondie grâce à des documents exceptionnels livrés par la veuve du révolutionnaire. Aleida March a donc confié plusieurs lettres inédites de la main d’Ernesto Guevara où celui-ci conte non seulement les évènements militaires qu’il vit au jour le jour mais aussi ses pensées les plus intimes : « Mon unique, je pourrais te dire que tu me manques au point d’en perdre le sommeil », ainsi que ses réflexions philosophiques, ses questionnements, ses doutes parfois, et le contenu de ses lectures. Ces lettres révèlent l’homme cultivé et assoiffé d’apprendre qu’était Guevara.

Rares sont ceux qui savent que le Che possédait un carnet où il faisait la liste de toutes ses lectures effectuées et à venir comme Karl Marx bien sûr, mais aussi l’Illiade et L’Odyssée, John Reed, José Triana, Shakespeare… Guevara écrivait également énormément, l’économie politique et la philosophie étaient ses thèmes préférés. Il avait une correspondance assez suivie avec le poète Leon Felipe qu’il considérait comme un mentor et composait lui-même de la poésie. Dans certains de ses écrits, Ernesto Guevara se montre critique envers le régime communiste de Staline, souligne les défauts du régime communiste de Cuba : « nous avons des compagnons qui suivent la politique de l’autruche en se cachant la tête. Pour les problèmes économiques, nous avons jeté la faute à la sècheresse, à l’impérialisme. »

Toutes ces révélations ne sont pas pour plaire aux détracteurs du Che qui l’ont toujours qualifié de mercenaire, d’homme barbare et sans éducation. Il est vrai que la révolution n’a pas été sans heurts, sans morts, tortures… comme toute guerre ou guérilla, selon le nom que l’on veut bien lui donner, la révolution cubaine s’est montrée cruelle envers ses opposants. Mais là n’est pas l’objet de ces publications, il ne s’agit pas de nier une réalité mais de réhabiliter une image parfois falsifiée sans pour autant tomber dans le travers de présenter le Che comme le Messie.

Messie, l’allusion ne semble pas si hasardeuse quand on voit le vif intérêt que suscite la controverse au sujet de la dépouille de Guevara. Tout comme on cherche le tombeau du Christ, la piste menant au véritable corps du Che est ardemment poursuivie. « Où sont les os du Che ? »
En effet des centaines de pèlerins se rendent chaque année au mausolée de Santa Clara, et plus particulièrement cette année, pour rendre hommage à leur héros dans le sanctuaire où les restes du Che sont censés se trouver. Cependant le doute subsiste quant à l’authenticité du cadavre.
Petit retour en arrière. Le 9 octobre 1967, Ernesto Guevara est tué par l’armée bolivienne et est inhumé dans une fosse commune près de la piste d’atterrissage de Vallegrande (en Bolivie) avec six autres soldats. Le 13 juillet 1997, le gouvernement de la Havane décide de transférer les restes du Che à Cuba en un geste symbolique. Le Che était censé être enterré à part des autres soldats, sans vêtements et les mains coupées (mains conservées par Cuba en 1967 pour vérifier les empreintes digitales). L’autopsie du corps a été faite par le docteur Moisés Abraham. En 1997, le docteur Gonzales, en charge de trouver le cadavre de Guevara et de faire son autopsie, trouve un cadavre à l’écart des autres, les mains coupées mais avec une veste et une ceinture militaire. Mais les correspondances sont nombreuses pour Gonzales, c’est évident qu’il s’agit du cadavre du Che. Il réalise également une autopsie et le corps du Che est transféré au mausolée de Santa Clara.
Revenons-en à nos moutons. En ce moment-même, trois scientifiques, dont un Français, travaillent sur les deux rapports d’autopsie qui comportent un grand nombre de dissemblances. Sur le premier, certaines blessures sont inventoriées qui ne le sont pas sur le deuxième, la composition de la mâchoire est également différente… Ainsi pour ces trois scientifiques, il s’agit de deux corps différents.
Ainsi le corps enterré à Santa Clara est-il celui du Che ou d’un autre soldat cubain ? Le mystère reste entier d’autant que Cuba se refuse à un test ADN qui pourrait résoudre la question.

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4 commentaires

    Gribouille  | 02/11/07 à 11 h 53 min

  • Merci beaucoup Camille !

    Vraiment intéressant ton article !

    J’espère que tu nous livreras de nouveau des articles aussi interéssants depuis l’Espagne !

  • Camille  | 02/11/07 à 19 h 44 min

  • merci beaucoup Gribouille :)
    je suis ravie si cet article t’as intéressée moi ce sujet me passionne !

  • Gribouille  | 03/11/07 à 22 h 18 min

  • Je suis passionnée par tout ce qui touche l’Espagne ou l’Amérique Latine. Cet article m’a donc comblée ! ;)

  • michel 2a  | 27/06/12 à 14 h 48 min

  • le ché n est pas enterré a cuba et encore moin a santa clara

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