La culture entre les murs (2)

02/02/09 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags :

Deuxième partie : des prisonniers menés à la baguette, c’est rare.
Dans son atelier de musique contemporaine, Nicolas Frize accueille cette année 16 détenus sur un total d’environ 220 prisonniers. Fort du succès de cet atelier à Poissy, ainsi que de ses concerts à verrous fermés, ce dernier a été sollicité pour mener le même type de travail à la prison de Saint- Maur.

Detenus, correct exigé

Artiste et délégué national du groupe « Prisons » de la Ligue des Droits de l’Homme, Nicolas Frize a souhaité aller plus loin. En 2005, il est parvenu à mettre en place, en partenariat avec l’INA (Institut national de l’audiovisuel) une formation pour les détenus, sur les techniques de numérisation du son et de restauration d’image. Là encore, Frize a parié sur le long terme. « On ne veut pas leur faire croire qu’ils peuvent apprendre leur métier en trois mois ». Seule condition requise : avoir un niveau équivalent à la classe de cinquième. On ne peut pas accueillir tout le monde, faute de place. Durant ses deux années d’intervention à la Santé, Judith Depaule a constaté des niveaux très différents : « Certains avaient le bac, d’autres non, certains reprenaient leurs études, j’avais même un détenu dans ma première pièce qui était analphabète ». Cependant, il est toujours très difficile de pouvoir réellement se rendre compte de l’état de la culture en prison sur des petits groupes d’ateliers. Judith Depaule poursuit :« quand j’ai monté Hamlet en 2006, aucun des détenus n’avait entendu parler de Shakespeare. Je ne pense pas que le niveau de la culture soit extrêmement élevé. Mais je pense quand même que ce sont des gens qui ont une certaine forme de culture pour s’intéresser à ça ». Preuve qu’aujourd’hui, des éléments de culture classique, parfois même élitistes, peuvent faire leur entrée dans les cellules…grises des détenus franciliens.

Des budgets sous écrous

Par rapport à 2007, le budget des prisons en 2008 a été augmenté de près de 4,8 % , atteignant les 6,519 milliards d’euros. Depuis près de deux ans, la plupart des crédits ont été coupés par le ministère de la justice. Et Nicolas Frize, Judith Depaule ou encore Françoise du-Chaxel s’accordent tous à dire, que le financement accordé à la partie culture est en constante diminution. Pour Nicolas Frize, un effort est fait pour « moderniser et multiplier les centres pénitenciers, afin d’incarcérer à tour de bras. Mais la culture est délaissée. On s’approche de plus en plus du système à l’américaine, où c’est la répression qui prime et non la réinsertion par la culture ». Judith Depaule, elle, constate avec regret que « la politique concentrationnaire, n’est que le reflet de la politique générale menée par le gouvernement Sarkozy. Dans l’espace public, de moins en moins de place est accordée à la culture, alors pourquoi feraient-ils des efforts pour les détenus ? ».

Pour sa part, Françoise du-Chaxel précise, que depuis fin 2006, elle ne parvient plus à contacter l’administration pénitentiaire de la Santé, ni la DRAC d’Île de France. « C’est honteux, après tous les travaux que nous avons menés là-bas », soupire-t-elle. Pour cette dernière, il n’y a que Fresnes, l’une des plus importantes prisons françaises, qui fasse des efforts en matière de culture. Elle travaille désormais avec eux depuis 2007. « Ils font beaucoup de représentations sur l’année pour les détenus et c’est toujours très bien organisé ».

Le théâtre à la Santé n’est plus, mais la santé du théâtre en prison, tend à se maintenir. Tous ces efforts d’actions culturelles expérimentés dans l’univers carcéral, ne sont pas que des brouillons de culture. Pour Judith Depaule comme pour d’autres intervenants, faire de la culture en prison est essentiel pour la santé mentale et le bien-être des détenus. Seul problème selon le ministère, la culture coûte cher. Depuis près de deux ans, le constat est flagrant. Pour Françoise du-Chaxel et ses collaborateurs : « on revient à du socio-culturel, c’est à dire simplement à des activités occupationnelles, comme organiser des tournois d’échecs ». Bien impuissants, les détenus le cul entre quatre murs, l’ont désormais aussi entre deux chaises.
Aller plus loin : blog d’un ex-détenu qui rapporte ses expériences de prison
La culture entre les murs : première partie

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