Parrainez un prisonnier

02/02/09 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags :

Les chiffres, sans appel, inquiètent de plus en plus : en 2008, 115 détenus se sont donnés la mort dans leur cellule. Au 15 janvier 2009, on en dénombrait d’ores et déjà 11. Le débat n’est pas nouveau et si les causes de ces vagues de suicide carcéral sont connues, aucun politique n’a pour l’instant apporté de solutions concrètes au problème. En ligne de mire, la surpopulation des prisons. Les dernières statistiques (décembre 2008) font état d’un taux d’occupation dépassant les 200% dans certaines maisons d’arrêt – 63 619 détenus au total en France pour à peine plus de 50 000 places. Pas étonnant de voir cohabiter dans une même cellule meurtriers et chauffards, avec les conséquences que l’on connaît ; on se souvient de ce fait divers survenu en septembre 2008 à Rouen : un prisonnier suivi par des psychiatres pour comportement violent a poignardé son co-détenu, un jeune homme de 26 ans purgeant alors une peine de 18 mois pour récidive de conduite en état d’ivresse.

La situation est alarmante et face à l’immobilisme de l’administration pénitentiaire et du ministère de la justice, ce sont les associations qui prennent le relais. Parmi elles, Ban Public, créée il y a tout juste 10 ans, tente de sensibiliser le plus grand nombre à la nécessité de réagir, notamment par le biais du parrainage.

« Ici, un mot, une lettre, c’est une chaleur humaine dans des murs froids, sans vie » (Michel, détenu)

Source inépuisable de documentation en tout genre concernant la vie carcérale et la réinsertion sociale des prisonniers – son objectif principal étant de favoriser la communication sur les problématiques liées à l’incarcération – Ban Public a lancé une campagne sur la nécessité et l’efficacité du parrainage. Selon les dires de ses membres – anciens détenus, universitaires, artistes… – « cette campagne met en scène les douleurs indélébiles et invisibles que provoque la prison, des douleurs qui attisent les haines, le rejet de la société et empêchent la réintégration ». Avec en filigrane le souci de donner aux détenus une raison de ne plus vouloir mettre fin à leurs jours (voir affiche ci-dessous).

Ban Public propose donc à chacun de s’impliquer auprès d’un prisonnier, afin de lui venir en aide sous n’importe quelle forme : soutien à la formation (difficile aujourd’hui pour les détenus d’avoir accès aux études), soutien à la famille, visites, courriers, aide à la recherche d’emploi en cas de libération imminente, aide à la recherche d’un logement… Les actions que l’on peut mener dans cette optique ont parfois un coût, mais les plus démunis peuvent tout simplement apporter un soutien humain à toutes ces personnes – hommes et femmes – subissant au quotidien un traitement qui souvent ne respecte ni les Droits de l’Homme ni la dignité humaine. Le 18 mai 2007, un détenu qui se fait appeler “Le marseillais”, interpelle Ban Public :
« Le jour de mon arrivée, ils m’ont fait la misère, m’ont traité, m’ont menacé ; un surveillant m’a dit « on va venir te tuer sale arabe » ; « si tu as des couilles, suicide-toi », et « une fois arrivé au ciel, tu passeras le bonjour à Allah ! ». « Vive Sarko ! ».
Ils m’ont coupé l’eau pendant 24 heures, sachant qu’étant musulman, je ne mangeais pas de porc, m’en ont ramené pendant 3 jours, je n’ai pu manger que des fruits. Ici, les surveillants nous prennent et nous traitent comme des merdes, des vauriens, et même parler avec mes potes m’était interdit.
Les surveillants n’appliquent pas la loi en vigueur dans les prisons ; ils font les leurs.
Ce qu’ils veulent, c’est nous détruire, l’un après l’autre. Ils nous volent, il manque toujours du linge ou des cantines. Ils ne sont pas là par vocation et certains sont jaloux de la situation des détenus. »

Pour l’instant, la loi pénitentiaire refuse de cautionner le parrainage. Illégal et pourtant pratiqué, ce dernier fait partie des combats que mène Ban Public. L’association veut par tous les moyens (courriers, pétitions…) rendre le parrainage légal et met à la disposition des personnes intéressées, sur son site web, une lettre type à adresser aux députés de leurs circonscriptions afin de les interpeller sur le sujet et demander leur appui. La légalisation de cette pratique pourrait ainsi montrer au plus grand nombre à quel point le soutien d’une personne « libre » peut être déterminant pour la réintégration d’une personne incarcérée.
Le site de Ban Public : www.prison.eu.org
Adresse postale : 12 villa Laugier 75017 Paris
mail : redaction@banpublic.org
Téléphone : 06-62-85-62-97

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