Poker (2) On mise tapis

01/08/07 par  |  publié dans : Carnets, Tendances | Tags : ,

Le mois dernier, nous faisions ensemble un petit tour d’horizon de la mode Poker. Certains d’entre vous auront vu depuis que le jeu a eu les honneurs de Delarue sur la deux… Jean Luc, derrière Envrak ! Dans cette seconde partie, nous allons essayer de voir si ça vaut le coup de suivre, ou pas… garanti avec illustrations (pour comprendre la private joke, lire le premier article). Encore une chose, des notions abordées ici font référence aux règles et termes du poker, dont les rudiments on été vus le mois dernier ou sont disponibles, entre autres, sur l’article Wikipedia consacré au Poker.

Sous les jetons, l’angoisse
Il ne faudrait pas croire que tout est rose et tralala chez les gamblers (joueurs). On passera rapidement sur le problème des addictions au jeu, connu de tous. Comme la roulette, le loto, le Pmu ou le bandit manchot, le poker compte ses drogués et paumés de tout poils, prêts à miser le beurre, l’argent du beurre et le string de la crémière tous les jours. C’est triste, mais c’est comme ça. Les structures d’écoute et de prise en charge psychologique se mettent au pas et reçoivent de plus en plus d’appels de joueurs de poker. On passera tout aussi rapidement sur les pros qui se plaignent de la popularité du jeu envahi par les jeunes loups d’internet ou les milliardaires, ce qui rend leurs chances de gagner plus difficiles : « C’est plus du poker… » (sous-entendu : c’est de la loterie). On ne va pas pleurer pour eux, et ça n’a pas empêché Phil Helmuth de remporter son 11ème bracelet (victoire) WSOP le mois dernier, devant 2 627 adversaires, faisant de lui le joueur le plus titré de l’histoire du pok’. Là où ça craint, c’est quand les casinos qui organisent ces tournois prévoient mal leur coup devant de telles affluences, et doivent organiser des tables à la va-vite dans des infrastructures incertaines. Plus glauque encore, c’est le verrouillage médiatique fait autour des derniers WSOP, qui veut que seuls les sponsors aient les droits de diffuser les nouvelles et résultats des jeux – les autres, c’est « allez mourir », les dits sponsors allant jusqu’à traquer les petits sites internet qui manqueraient aux règles d’embargo. On s’achemine rapidement et sûrement vers un poker spectacle à la coupe du monde de foot, on y est déjà en fait, il ne manque plus qu’Eurocard Mastercard pour tout ce qui ne s’achète pas.

Entre l’Etat et Bruxelles, c’est le poker menteur
En France le poker est sous le coup des lois du 21 mai 1836 sur la loterie et du 15 juin 1907 sur les casinos. C’est à dire que les jeux de hasard son soumis au monopole d’Etat (Française des jeux, Pari Mutuel Urbain) ou à un strict encadrement dans les casinos agrées. En clair, les parties de poker entre potes pour cinq euros et le jeu en ligne sont interdits. Ces dispositions ont été récemment renforcées par les lois sur la prévention de la délinquance dont le texte fourre-tout, alors défendu par Nicolas Sarkozy encore Ministre de l’intérieur, entend traiter des « nouveaux visages de la délinquance » et de la « forte progression des violences ». On en pleurerait presque devant l’hypocrisie et l’absurdité de la situation. Entre le poker, le PMU et le loto, quelle différence ? Le poker serait-il plus néfaste que les autres ? Le comble est atteint lorsque le gouvernement actuel, si friand de privatisations et de politique de désengagement de l’Etat, fait la nique à Bruxelles qui lui demande d’accélérer la libéralisation des jeux d’argent. Sous couvert de santé publique… alors que c’est de gros sous qu’il s’agit. Sur le jeu en ligne, dont beaucoup de sociétés sont basées à l’étranger, l’Etat ne perçoit pas de taxes. Et privatiser le PMU, le loto ou le Millionnaire, c’est se priver d’une manne financière considérable. Belle hypocrisie. Si depuis peu, les casinos ont obtenu le droit d’organiser des parties, le joueur on-line reste hors la loi. Nous voilà donc dans une situation périlleuse : vous initier au poker tout en vous soulignant que la pratique est pratiquement interdite… Passons.

Une installation privée pour jouer jusqu’à 12 tables online à la fois…

L’école du jeu
Comment apprendre le poker ? Première solution : les magazines spécialisés. Ils sont au nombre de trois en France. Live Poker, Poker Magazine (Card Player) et Poker World. En gros : Live Poker c’est la version classe moyenne, belle maquette sur joli papier glacé et articles de fond (pertinents), qu’on voit bien traîner à côté de Télérama sur la table de salon de M. Bobo. Poker World, bien que doté de quelques plumes références en la matière, est trop cheap et opportuniste pour être honnête – une grande portion du contenu est constituée de commentaires de parties diffusées à la télé américaine, captures d’écran comprises. Notre préférence va donc à Card Player, déclinaison de son grand frère américain, qui ouvre ses colonnes à certains des plus grands joueurs du monde (Phil Helmuth, Daniel Negreanu…) et propose un mélange équilibré entre couverture de l’univers poker et analyses.
Après ça, il y a les livres – il y en a toute une ribambelle, du Poker pour les nuls [rires] au Super Sytem de la légende Doyle Brunson (traduction imminente en France). N’en ayant lu aucun, on ne pourra vous conseiller – sauf de vous méfier des Poker en dix leçons, et de faire confiance aux grandes plumes. Et quid des jeux vidéos et cd/dvd roms interactifs ? Allons, pour apprendre, il faut jouer. Avec des cartes si possible.

22, v’la les flics ! Planque les jetons !
– Et ma barrette, j’en fais quoi ?
– Pas grave, planque les jetons !
En online comme en casino, trois formules s’offrent à vous. One : le sit-and go, ou tournoi à table unique. Dix joueurs (ou moins, mais pas plus), s’affrontent sur une table jusqu’à ce que le meilleur ait ratiboisé tous les autres. Cependant, le deuxième et souvent le troisième seront « payés » aussi, c’est à dire remporteront une partie de la mise initiale. Exemple : pour 10 joueurs à 100 euros l’entrée (plus 10 chacun pour la maison organisatrice), cela fait 1000 euros à gagner qu’on peut diviser en 600 pour le premier, 250 pour le second, et 150 pour le troisième.

Two, le tournoi multi-tables, soit la même chose mais dans des tournois qui peuvent accueillir des centaines de joueurs… voire plus de 6500 (pour le main event des derniers Wsop, championnats du monde). Autant dire qu’il vaut mieux prévoir hôtel et crème anti-hémorroïdes.

Three et non des moindres, le cash-game. Ici on peut se retirer de la table n’importe quand (quand le porte-monnaie est vide) ou rentrer en plein milieu d’une partie. Car valeur faciale des jetons correspond exactement à la somme que vous avez achetée à la banque organisatrice. C’est du sérieux, quoi. Ces jetons là devant vous font 100 euros, et vous pouvez tout perdre sur un coup. Des trois, c’est le mode le plus dangereux…

Bien sûr, on ne joue pas ces modes de jeu pareil, du moins pas que nous sachions. Si on peut se permettre de perdre quelques jetons pour aller voir le flop sur une main marginale (= faible et/ou hasardeuse) d’un tournoi, on va éviter de s’engager dans un coup avec un 2 et un 9 en cash game si la blind (=mise minimale) est à 10 euros…

« C’est le même jeu, mais pas les mêmes dangers » – Sabrina, d’Envrak
Ce qui nous amène au nerf de la guerre : l’argent. c’est le premier cap psychologique à franchir pour qui veut tenter l’expérience, comme pour l’auteur de ses lignes. Jouer de l’argent sur des cartes ? ? Entre amis ? Avec des inconnus ? Et si on perd ? Difficilement envisageable quand on a un minimum conscience que les billets ne poussent pas sur les arbres. Et pourtant. Si l’on recommandera (ordonnera) sans réserves aux débutants de s’exercer sur des tables gratuites (on line, ça existe, ou pour le fun avec la famille), vous allez vous apercevoir que le poker sans enjeu n’a pas vraiment d’intérêt.

Au moins deux très bonnes raisons à cela : primo le niveau à ces tables est faible, et toute tentative de jeu technique se révèle souvent vaine quand la majorité des joueurs ne se sent pas impliqué et va aller voir n’importe quelle carte en main, dans des conditions invraisemblables, en misant n’importe comment. Jouer As et Roi en main, toucher un as dès le flop, enchérir gros et perdre face à un imbécile qui a suivi (parce que c’est gratuit, virtuel) avec 3 et 9 en main et les trouve dans le dévoilement des cartes au turn et à la rivière (deux paires 3 et 9) a de quoi faire désespérer, et met de fort méchante humeur. Deuxio : hé bien… pas vraiment de deuxio. Mais une certitude que les sensations éprouvées ne sont pas les mêmes. Les dangers non plus, comme nous l’a soufflé notre collègue Sabrina.

Vous preniez le poker pour un passe-temps guère fréquentable ? Il ne se réduit pas aux liasses de billets, ni à la chance et au hasard. C’est une discipline qui fait appel à des qualités que tout joueur ambitieux se doit de tenter de développer, ses armes pour survivre dans ce que certains ont nommé « l’activité la plus violente qu’on peut faire assis ». Stratégie, psychologie, les outs ou probabilités, les côtes financières, le bluff, quelques classiques comme le check raise ou le continuation bet… c’est ce que nous verrons le mois prochain dans la troisième et dernière partie.
Sources photos, de haut en bas : Sportpokerbool, Tillerman.net, Pokerroom2mlive.com, cashsethomepokertour

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8 commentaires

    LVB  | 31/07/07 à 23 h 44 min

  • C’est vrai Sabrina, tout le monde est d’accord pour dire que même quand tu perds tu as une petite charge d’adrénaline. A quand le premier tournoi Envrak ? :D

  • Marie  | 01/08/07 à 1 h 49 min

  • Ah ben non LVB, Holden nous battrait tous…

  • Sab  | 01/08/07 à 11 h 03 min

  • Oui non mais il s’est trompé, le Holden, j’ai pas dit ça, j’ai dit “c’est le même jeu mais pas les mêmes enjeux”. Je rectifie, hein, parce que lui il l’a pas fait. Et puis je suis bien placée pour savoir qu’il ne nous battrait pas tous ;o)

  • engy  | 01/08/07 à 19 h 53 min

  • Han et si on se faisait un tournoi de belotte plutôt? Parce que le poker, j’accroche pas moi… Même quand je lis des articles sympas dessus!

  • Sab  | 02/08/07 à 13 h 07 min

  • A la belote, je vais me faire sécher

  • LVB  | 04/08/07 à 11 h 16 min

  • Sur un week end y’a le temps de faire un tournoi de Poker et des parties de belote ! :D

    Qui a une maison et un frigo rempli ? ;-)

  • engy  | 04/08/07 à 13 h 57 min

  • Et qui sait se teleporter?
    Parce qu’avec des redacteurs et lecteurs dans toute la France, le lieu du tournoi va être dur à trouver!

  • holden  | 05/08/07 à 18 h 56 min

  • Au hasard… Aix ?

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