Whiplash de Damien Chazelle – Quinzaine #Cannes2014

23/05/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

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La Quinzaine présente : un jeune batteur de jazz en quête d’excellence, et son professeur infect. Ou le film qui a remporté le Grand prix de la fiction américaine et le prix du public du Festival de Sundance 2014.

Un air de consensus

On a envie de comparer Whiplash à The Wrestler d’Aronovsky, qui n’a rien à voir. Et ce pour trois raisons. La première, ce sont les plans de dos resserrés ou plans nuques, qu’on ne supporte plus. La seconde, ce sont ces artistes qui malmènent leurs corps pour la gloire – le personnage d’Andrew dont il est question, joue de la batterie jusqu’à ce que ses baguettes lui entaillent les mains. La troisième, c’est juste parce qu’on a adoré le second, et que ça fait temporiser.

Whiplash de Damien Chazelle est un film agréable, pour peu qu’on aime la batterie, la sueur, et les personnages de méchants charismatiques. Pour peu qu’on supporte la répétition surtout : des morceaux, des cadres, des jeux. Miles Teller (Andrew), qu’on avait découvert dans Rabbit Hole ne semble avoir que cinq visages, dont “la grimace du constipé” qui exprime sa souffrance de musicien sur une bonne heure de film, les 45 minutes restantes étant consacrées à son apathie, sa timidité, son air contrarié ou son sourire d’élitiste satisfait. JK Simmons, dans le rôle du tuteur maléfique, profère à une vitesse folle des répliques et réparties castratrices, des insultes sexistes surtout. Mais JK Simmons a la classe et – en tant qu’acteur de second rôle et de série – un bon capital sympathie. Ses entrées caricaturales font le gag (du moins les deux premières fois). L’énergie que déploie Whiplash, sa rythmique, ses tensions, et sa fin en feu d’artifice musical façon feel-good movie complètent la batterie des bons ingrédients de lauréat Sundance, et protégé Cannois.

Sans taper dessus, sans en faire des grosses caisses, on apprécie le long-métrage à sa mesure, pour le regard qu’il porte sur l’acharnement des surdoués, sur leur vie de pression plus que de plaisirs, sur le rapport de domination de la figure professorale, sur son leitmotiv : est-ce que ça vaut le coup d’en chier pour devenir quelqu’un qu’on retient ? Doit-on toucher le fond de la piscine pour remonter ? Et – par le biais de Terence Fletcher, cruel et talentueux maître à penser – doit-on y être poussé, quitte à se noyer ? Dans sa note d’intention, Damien Chazelle cite le rêve américain, la quête de l’excellence, et confesse relater l’expérience qui fut la sienne, jeune élève au conservatoire talentueux qui n’a pas persévéré, pour interroger ce jusqu’au boutisme (dont on parlait en introduction). Sur ce point, il signe avec Whiplash un film qui ne le trahit pas, empreint de sado-masochisme et de bonnes références musicales.

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