Brecht en Avignon: “Les fusils de la mère Carrar”

18/07/16 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , , ,

Brecht

Humble, Berthold Brecht demandait « Pensez à nous avec indulgence » à ceux qui viendraient après eux. Engagé comme homme et comme metteur en scène de théâtre, il faisait partie de ceux -plutôt rares- qui n’étaient dupes de rien mais savaient que face à la barbarie, il n’y avait d’autres options que de choisir son camp et de combattre. « Les fusils de la mère Carrar » met en scène le conflit entre l’amour possessif d’une mère pour ses deux fils et leur désir de lutter contre les généraux qui assassinaient la république espagnole et ses défenseurs.

Brecht

Actualité

Inexorablement, les populismes montent, le fascisme renaît des cendres de l’Europe des peuples, rêve mort né. Que nous arrive t-il ? Quels combats allons nous devoir mener, avec quelles armes ? « Ne crions pas victoire hors saison, le ventre est encore fécond d’où est surgi la bête immonde » écrivait brecht, il l’est plus que jamais. Brecht avait perçu que la bête immonde pouvait aussi prendre le masque du communisme, Marty le héros des mutins de la mer noire était aussi Marty le boucher d’Albacete. “Pensez à nous avec indulgence”.

De façon récurrente depuis soixante et quinze années, des metteurs en scène s’obstinent à remonter Brecht. Faut-il encore se demander pourquoi ? La culture, c’est comme les sacs de sable qu’on accumule, rempart dérisoire contre les éléments déchainés, la part du colibri, la goute d’eau pour éteindre un incendie de forêt. Mais comme le colibri, la culture fait sa part et doit la faire.

Mise en scène

On peut discuter du parti pris du théâtre de masques et préférer les acteurs qui ont un visage, qui incarnent leurs personnages. Il se trouve que ce théâtre là, ce metteur en scène là et ces acteurs là sont masqués. Ça impose de faire vivre les personnages en les surjouant, mais un ton en dessous de l’hystérie convenue de la comédia del arte. Qui peut dire si Brecht eut ou pas approuvé cette option ? Quoiqu’il en soit, qu’on tire le théâtre vers l’actor studio ou vers la pantomime, le texte demeure.

Brecht

Dilemme

L’homme de la mère Carrar était dur avec elle, il est parti combattre les fascistes et en est mort. La république espagnole est attaquée par les putschistes soutenus par les aviations de Hitler et Mussolini, et abandonnée par Léon Blum qui n’écoutait que son courage, qui ne lui disait rien. Il s’abstint de barrer la route à la barbarie en refusant d’aider les républicains, on connait la suite. Alors, des têtes brûlées se sont levées, venus du monde entiers, ils étaient les Brigades Internationales. Les socialistes sont formidables tant qu’ils ne sont pas au pouvoir, mais ils semble que ce soit aussi le cas de tous les autres.

Brecht

Le petit peuple de Brecht

Le « Théâtre de l’ordinaire » a monté là une pièce peu connue de Brecht. Il y a le curé, qui s’accroche à son « Tu ne tueras point » mais refuse de mentir, son silence est la réponse éloquente à la question du partisan : « Si ils ne combattent pas, sont ils en sécurité » ? La mère Carrar sait où sont cachés les fusils, elle refuse de les donner, elle refuse de donner ses fils, elle ment pour les préserver, en pure perte. Nous ne dévoilerons pas l’histoire, la pièce mérite d’être vue ou revue. Le théâtre de Brecht était un peu passé de mode aux yeux de l’intelligentsia théâtreuse, on peut craindre qu’il ne soit redevenu d’une brûlante actualité. on peut mettre la tête dans le sable comme l’autruche, mais ce faisant elle expose son cul, ou prendre une piqûre de rappel avec « Les fusils de la mère Carrar ».

Hier à peine un coup d’état militaire a tenté -dit-on- de rétablir l’état de droit et la laïcité contre un gouvernement dictatorial élu par son peuple. Qu’aurait écrit Brecht ?

Qu’on aime ou pas les masques importe peu, ce texte est dramatiquement actuel, espérons qu’il ne soit pas prophétique.

Brecht

C’est à Présence Pasteur, 04 32 74 18 54

La mise en scène est de Maxime Séchaud, avec David Bensimhon, Ferdinand Delafosse, Coline Marescaux, Louis Pick, Nicolas Serluppus, Louise Wailly, Anna Wessel.

Contacts Nathalie Desrumaux 06 20 523 478

tho-diffusion@hotmail.com

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