Salle d’attente au Théâtre de la Colline

01/02/12 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , ,

Jusqu’au 4 février se joue au théâtre de La Colline, Salle d’attente, nouvel opus du maître polonais de la mise en scène Krystian Lupa, d’après la pièce Catégorie 3.1 du dramaturge suédois Lars Norén (lire l’article d’Envrak sur Automne-Hiver au Lucernaire).

Pour bien comprendre dans quel univers on se situe, précisons que la “Catégorie 3.1” est utilisée par l’administration de la ville de Stockholm pour désigner les marginaux. Alcooliques, drogués, paumés, prostitués, ou encore psychotiques, ils n’ont pas ou plus accès à la société, et ils se retrouvent sur la place Sergelstorg, au centre de la ville. Le décor et les personnages sont plantés, un vieux squat peuplé d’âmes errantes et perdues.  Nous les suivront pendant quasiment 3h15 de spectacle…

Pour la première fois, Krystian Lupa choisit de travailler avec des acteurs francophones, à peine sortis d’école.  « Pour Salle d’attente j’ai choisi un groupe de jeunes afin de ne pas dire que c’est une dégénérescence de l’homme qui arrive avec l’âge. L’homme commence son déclin à partir du moment où il sort de l’école ». Il base son travail sur l’improvisation : «  Les comédiens, provoqués par la matière de l’espace que nous nous étions donné – un bout de mur, l’endroit de couchage d’un clochard – disposaient d’une heure sous l’œil de la caméra, pour tenter par l’imagination, de s’adapter à cette condition et de créer une improvisation à partir de cet espace ». Il utilise ces moments filmés et les insère dans son spectacle par le biais d’écrans géants, qu’il place au dessus de la scène. La diffusion de ces monologues intérieurs apporte une profondeur aux personnages que l’on voit errer sur scène, mais cela ne fonctionne que pour certains d’entre eux. Et c’est là le problème de cette mise en scène.

Le choix des jeunes acteurs d’écoles est intéressant en théorie, mais dans les faits il ne fonctionne pas pour tous, et donne au spectateur la sensation d’être face à un atelier d’acteurs de qualité plutôt qu’à un spectacle abouti. Tous n’ont pas réussi à trouver leur personnage et restent trop en surface. Trop propres sur eux, pas assez imprégnés par leur histoire, ils ne nous font pas entrer dans les bas-fonds du texte original. Les images de mise en scène censées être choquantes, comme la nudité ou la prise de drogue par intraveineuse, perdent leur pouvoir de provocation, car elles ne sont pas soutenues par une base solide de jeu. On se surprend même à rire à de nombreuses reprises, tant les personnages s’apparentent plus à des « loosers », qu’à de véritables âmes errantes.

En revanche, lorsque le travail d’improvisation aboutit, le résultat est surprenant de vérité. On pénètre véritablement dans l’intimité du personnage, on ressent sa douleur, sa déchéance, et c’est bouleversant. On se retrouve face à ce monde que dans la vie réelle nous ne connaissons pas et ne voulons pas voir, sauf que là on nous oblige à ouvrir les yeux. On devient témoin de la façon dont vivent ces exclus, c’est-à-dire dans l’instant, guidés par leurs pulsions ou leur besoin d’alcool et de drogue, et de ce magma difforme surgissent certains moments de grâce.

Au final on attend avec eux. Quoi ? Peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes. Mais le spectateur comprend vite qu’il n’y aura pas de juste milieu, ce sera le retour à la vie ou la mort.

Salle d’attente
, de Kristian Lupa
Spectacle déconseillé aux moins de 16 ans.
Jusqu’au 4 février au Théâtre de la Colline.
Plus d’infos : http://colline.fr/spectacle/salle-dattente

Photos © Elisabeth Carecchio

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