Comme disait mon père, ma mère ne disait rien

07/07/19 par  |  publié dans : A la une, Festival, Scènes, Théatre | Tags : , , , ,

Jean Lambert-Wild au théâtre Avignon La Reine Blanche, mis en scène de Michel Bruzat, avec Natalie Royer, du 6 au 26 juillet à 13h

Natalie Royer

Son père disait…

“Comme disait mon père… Le théâtre est une vieille femme frigide dont on espère qu’un jour elle pourra jouir… Comme disait mon père… Les légendes les plus monstrueuses font les vérités les plus supportables… comme disait mon père… Mourir ne peut se vivre…”

Ce père paraissait contenir -et proférer- toute la “sagesse” du roi Salomon, il collectionnait des proverbes sur toutes choses et pour toutes les situations. La litanie de ses apophtègmes et aphorismes était la prison, le carcan du jeune Jean Lambert-wild. Son récit est un monologue obsessionnel, une sorte de jaculation irrépressible où les mots se bousculent et se télescopent comme autant de javelots jetés en tous sens. Plutôt qu’une thérapie, un cri.

Sa mère ne disait rien

C’est la deuxième partie de ce diptyque, les pensées de l’enfant qui savait. “Ma mère vivait dans une cuisine. Je le savais!

C’était le centre du monde. Un monde de mères enfermées dans des cuisines. Je le savais!

Elle avait peur.

Je le savais!”

Natalie Royer

Ce texte est impossible à porter à la scène, c’est sans doute pour cela que Michel Bruzat s’est attelé à cette gageure, labourant toujours le même sillon: celui d’une culture qui éveille, révolte, nourrit l’âme et l’esprit. Il a choisi la comédienne Natalie Royer, (metteuse en scène -d’un Feydau à Avignon) pour l’incarner.

La mise en scène a la délicatesse de se faire oublier, tant chaque millimètre en est pesé et mesuré, libérant tout l’espace pour le texte et la comédienne particulièrement habitée, comme par un dibbouk. Elle vous emporte dans son débit haletant, elle est ce jeune garçon impuissant, entre un père qui dit tout, qui a tout dit, et une mère soumise et terne, “honnête et craintive” , “labourant” devant elle ses pensées mélancoliques. Un électrochoc.

Du grand art.

Natalie Royer

Photographies et commentaires Jean Barak

“Ding Dong de Natalie Royer à la Scierie, 15 bd du quai Saint-Lazare, d’après le dindon de Georges Feydeau, à 19h05 du 5 au 26 juillet.

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