Hillel Kogan au Pavillon Noir

07/10/19 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

Avec “The Swan and the Pimp” de Hillel Kogan, la danse contemporaine israélienne était l’invitée du Ballet Preljocaj

Hillel Kogan et Carmel Ben Asher

Comme à chaque fois que l’Etat colonial d’Israël envoie ses “ambassadeurs” culturels, des manifestants pro-palestiniens appellent à boycotter les produits et la culture d’Israël. C’est absolument légitime, mais rappelons qu’une grande majorité des artistes israéliens, même s’ils sont instrumentalisés par leur état, sont favorables à une paix juste à deux états indépendants en Palestine. Il est donc non moins justifié de les soutenir, ils maintiennent une petite lueur d’espoir dans les ténèbres des intégrismes religieux. Chacun ici étant dans son rôle, parlons de danse.

Le Cygne et le Mac

Hillel Kogan, danseur, chorégraphe, enseignant et dramaturge s’est fait connaitre à Avignon en 2017 puis dans le monde avec sa pièce emblématique “We love Arabs”.

En duo avec Adi Boutrous, danseur israélien arabe et chrétien, il se jouait de ses propres préjugés -et donc de ceux des Israéliens concernant les palestiniens- auto-parodiant ses démons. Sous une empathie militante de circonstance affleurait subtilement la condescendance du colon pour le colonisé. “L’endroit qui me rejette dans ce pays, l’endroit qui me résiste appartient aux Arabes” dit-il. Il a été nommé “Créateur Remarquable” pour cette pièce par le cercle des critiques de danse…israélien. Danseur invité à la Batsheva de Ohad Naharin, puis assistant, directeur de répétition, il vole aujourd’hui de ses propres ailes, dans le monde entier.

Cette nouvelle pièce -“Le Cygne et le Mac”- s’attaque aux codes du genre classique et néo-classique, jouant du contraste entre la danseuse gracile et gracieuse et le gâtisme du danseur macho. Gâtisme parce-que le “mouvement gaga” inventé par Ohad Naharin -dont il est l’un des enseignants- renvoie autant à cela qu’aux premières verbalisations du petit d’homme. Il finira en couche culotte.

Le Cygne et le Mac


Il tente de mettre en tension l’esthétique et l’éthique, entre l’homme et la femme, la beauté et la force, le blanc et le noir, la virginité et le proxénétisme, le masculin et le féminin, tel qu’on les magnifient, les assument ou les dénient. Ainsi, l’effort et la douleur apparaissent sous la grâce, l’agonie pathétique du cygne noir frise le ridicule. In petto, on rit beaucoup.

Carmel Ben Asher

La pièce évoluera de la forme classique la plus pure jusqu’au clubing le plus débridé, dévoilant l’idéologie sous les artifices, la réalité sous les mythes fondateurs.

En attendant la paix au proche-orient, dans mille ans peut-être, si tout va bien au train d’enfer où on va, il est urgent d’accueillir les artistes israéliens et de dénoncer l’apartheid de cette théocratie, chacun de sa place.

Jean Barak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire