La chasse à l’espoir de Oona Doherty

22/10/18 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , , , , ,

“Hope Hunt & The Ascension into Lazarus” de Oona Doherty

Ces deux pièces reliées par un fondu au noir s’inscrivent dans un projet au long cours: “Hard to be soft”, c’est dur d’être doux. Elles ont été créées pour Neil Brown, danseur de la prestigieuse Compagnie londonienne Ramdom Dance de Wayne McGrégor. Mais trop pris par sa compagnie, celui-ci n’avait pas la disponibilité suffisante pour faire tourner ce spectacle. Qu’à cela ne tienne, la chorégraphe nord-irlandaise interprétera la pièce elle-même. Pour la “chasse à l’espoir”, plus vraie que nature, elle se transforme en petit mec des banlieues, ceux qu’un Président appelait “racaille” et voulait nettoyer au Karcher. Cette jeune femme discrète née à Londres en 1986 confère donc à ce rôle de composition une vérité impressionnante. Elle évolue sur une bande-son originale qu’elle a créée elle-même, au dictaphone, dans les lieux et banlieues où les adolescents désœuvrés se rassemblent pour tromper leur ennui. Pour occuper le vide ils se raccrochent à des signes extérieurs d’appartenance, grosse chaîne en or, chaussures de sport de marque et survêtements à capuche, accent à couper au couteau et postures chargées à la testostérone.

 

Crédo

C’est sans pathos ni misérabilisme, juste son credo: “Libérer les rues de ma ville et ses gens des mauvaises énergies” (Itw. Ma Culture). Elle est en empathie avec cette masculinité écorchée dans un pays de misère à peine sorti de la guerre, où il n’y a pas de gouvernement, la drogue, les suicides, et maintenant en prime, le Brexit.

Elle danse l’Ascension comme d’autres prient, une danse mystique qui profane l’art sacré, sur fond mixé de sons documentaires et de chants religieux. Lazare, mort depuis quatre jours, est ressuscité par le Père à la demande du Fils pour qu’on croit en Lui. Pour autant ce n’est pas triste, Oona Doherty a travaillé l’art de la scène avec un clown, elle est mime autant que danseuse et joue avec brio de tous les registres. Le public rit: “Un théâtre où on ne rit pas est un théâtre dont on doit rire” aurait écrit Berthold Brecht, qui donnait lui aussi la parole aux sans voix. Elle, elle le danse.

Hors des normes et des canons, sa sincérité emporte tout.

 

Elle commence à l’extérieur du Pavillon Noir, surgissant d’un coffre de voiture menée par un disk jockey survolté, Luca Trufarelli, on le retrouvera à la sortie pour une soirée prolongée. 

La chorégraphe prépare “Lady Magma” pour 2019, à surveiller attentivement donc!

Jean Barak

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