Le Pays des Galéjeurs au festival d’Avignon

22/07/12 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , ,

Photo : Holden

La galéjade. Arme fatalement drôle de tout provençal respectueux de ses traditions verbales, des joutes autour d’un pastis et des moqueries débitées au rythme d’un déchargement de vieilles* sur le Vieux Port. Aujourd’hui encore, alors que le Niçois “casse” et que le Corse “macagne”, le marseillais “galèje”, parfois même sur les planches de théâtre. La troupe des Carboni, actuellement en représentation au festival Off d’Avignon, ressuscite l’opérette de Vincent Scotto et René Sarvil, intitulée à l’origine Au Pays du Soleil, rebaptisée Le Pays des Galéjeurs. Un pays dont les frontières se résument à quelques tréteaux reproduisant avec un soin minimaliste les devantures de cafés, restaurants et autres tripots bien ou mal-famés, selon les besoins du récit. Chez les Carboni, la sobriété des décors permet une mise en avant des dialogues et des performances : la galéjade se fiche du tape-à-l’oeil et lui préfère le tape-à-l’oreille. Naturel, quand l’accent chante autant que les comédiens. Et vocalement, les Carboni s’en donnent à cœur joie. Ne se satisfaisant pas de performances savoureuses, les comédiens chantent et les chanteurs jouent, avec un plaisir évident, celui de donner vie à des lignes d’un autre temps, des textes d’une perfection implacable et des partitions aussi surannées qu’un bon vieux phonographe.

Le répertoire est classique (les amateurs reconnaîtront la fameuse Valse à Petits Pas ou encore Zou, un peu d’Aïoli), la mise en scène l’est tout autant – quand on adapte du Scotto, on évite de verser dans une contemporanéité inutile et mal placée. La comparaison avec Marcel Pagnol est tentante pour ceux qui ne connaissent de la Provence que les santons aubagnais, les sources que l’on ne dit pas, les cigales dans les pins et le petit jaune dans les verres. Mais Pagnol n’a pas le monopole de la galéjade. En tendant l’oreille – et en ouvrant la bonne encyclopédie – on réalise que la plume de Scotto trempe plus volontiers dans la farce que celle de son ami Marcel. Bien avant les Marius-Fanny-César, les opérettes de Scotto et Sarvil ont contribué à véhiculer partout en France, surtout à Paris, une image délibérément caricaturale de la ville de Marseille, à base de soleil et de bouillabaisse. Les truculents personnages du Pays des Galéjeurs en sont les témoins. Masques sur le nez – certains interprétant plusieurs rôles – les comédiens livrent une partition collective impeccable, donnant vie à ces figures désormais emblématiques que sont le cuistot fort en gueule, la touriste effarouchée, les filles de joie à la jupe retroussée, les mafieux en trois pièces… Amours contrariées en toile de fond et chansons populaires en toile de forme : une recette inaltérable, un goût délicieux, et une parenthèse provençale en-chantée dans un festival où le régionalisme, heureusement, côtoie l’élitisme.

*On parle ici des poissons. Pas de vos grands-mères

Le Pays des Galéjeurs, jusqu’au 28 juillet (représentations à 13h30) au Théâtre du Chêne Noir, 8bis rue Sainte Catherine 84 000 Avignon. Réservations : 04 90 86 74 87. Mise en scène : Frédéric Muhl Valentin. Avec : Amala Landré, Marc Pistolesi, Benjamin Falletto, Cristos Mitropoulos, Edwige Pellissier, Pascal Versini, Patrick Gavard-Bondet, Laure Dessertine.

Synopsis : Titin, fils d’Anaïs, la patronne du restaurant “La Rascasse”, aime Miette. Mais cette dernière est promise par son père à M. Bouffetranche, un riche quinquagénaire. Suite à une dispute avec Miette au sujet du mariage avec Bouffetranche et avec sa mère qui lui reproche ses fréquentations, Titin quitte le foyer maternel et rejoint Francis, un ami peu recommandable. Au cours de la soirée, Titin se retrouve mêlé au meurtre d’un malfrat. L’événement crée l’émoi dans le petit quartier de la place aux huiles et dans le milieu. Titin va devoir fuir la police et la mafia qui le recherchent, tout en essayant de prouver son innocence et reconquérir le cœur de sa belle.

Infos : www.lescarboni.com

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