Les aventures chorégraphiques de Grenade par Josette Baïz

09/11/18 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , , , , , , ,

Les aventure chorégraphiques de Grenade, par Josette Baïz

Eun-Me Han, Akram Khan, Barak Marshal, Wim Vandekeybus, Chrystal Pite, Wayne McGrégor, Hofesh Shechter, Lucinda Childs, Emanuel Gat, Lucy Guérin, Germaine Acogny, Jérôme Bel, Philippe Decouflé, Jean-Claude Gallotta, Dominique Hervieu, Michel Kélemenis, Abou Lagraa, Blanca Li, Jean-Christophe Maillot, Angelin Preljocaj, Joëlle Bouvier et Régis Obadia, Claude Brumachon, Sharon Fridman, Lucy Guérin, Richard Siegal, Sun-A Lee, Katharina Christl…

Eun-Me Han

C’est le bottin mondain des chorégraphes internationaux qui ont transmis des extraits de leurs pièces au Groupe et à la Compagnie Grenade ces six dernières années. Liste prestigieuse, coup de génie de Josette Baïz qui ajoute à son œuvre considérable et à son style original la collaboration de chorégraphes mondialement reconnus. Mais au-delà de la performance, c’est la rencontre avec le principe Grenade qui en fait l’originalité inimitable.

Le sourire éblouissant sur la scène d’une petite danseuse de neuf ans, après juste un ans et demi de cours de danse, son professionnalisme et son engagement total, le bonheur qui se lit sur son visage et le contraste avec la même petite fille qui repart avec sa peluche dans les bras, illustre le génie de cette expérience hors du commun que constituent le groupe Grenade, et la compagnie éponyme qui en est issue.

Barak Marshal

Ils sont trente sur scène, de 9 à 20 ans, et ils font corps. Si on peut mesurer la chance inouïe de ces enfants, adolescents et jeunes adultes, pour une grande part encore issus de quartiers réputés « difficiles », de pouvoir se mesurer aux plus grands chorégraphes -chance que n’ont pas toujours même les élèves des prestigieuses Hautes-Ecoles de Danse- on ne peut, à les voir, soupçonner le travail acharné qui leur permet de réaliser ces performances hors-normes.

Wim Vandekeybus

Du genre

On passera sur le Chevalier d’Eon -une exception en son époque- pour se souvenir d’une autre inaugurée par George Sand, où les femmes commencèrent à s’habiller en hommes, à s’affranchir du patriarcat et des normes innombrables imposées au féminin. Ça a fait scandale. Il y a bien longtemps qu’en Inde des danseurs transsexuels habillés en femme ont un statut à part, sacré et redouté, de troisième genre indéterminé. « Nos » grands couturiers qui revendiquent leur féminité ont depuis quelques décennies habillés des hommes selon les canons féminins. En danse contemporaine, ces quinze dernières années, la nudité totale devient presque aussi fréquente que les costumes unisexes ou genrés. On se souvient de Lac des cygnes mythiques, depuis Mats Ek jusqu’à Dada Masilo, tout le monde en tutu blanc vaporeux, en passant par les « Trocks », prestigieux grands-maîtres de la dérision. Alors, que les garçons soient habillés de jupes à paillettes par Eun-Me Ahn ou de grandes robes rouges par Wim Vandekeybus, ça fait glousser dans les rangs des scolaires qui n’y sont pas encore habitués. Mais très vite ils l’oublient, fascinés par la danse et la virtuosité des interprètes, parfois plus jeunes qu’eux. Au bout du compte, si ce n’est la raideur des adolescents qui contraste encore avec la sinuosité serpentine des filles, sur scène les différences physiques s’estompent. Pour autant qu’on sache qui on est et ce qu’on est, ce qui n’est pas garanti à cet âge, ça n’aura peut être bientôt plus grande importance.

Crystal Pite

Dynamite

Quoi qu’il en soit, cette cession est menée à un rythme d’enfer, à un très haut niveau, à la limite de l’impossible pour des danseurs de cet âge. Et pourtant ils réalisent l’exploit. Cette cession d’Est en Ouest est particulièrement difficile et technique, la dernière partie de Lucy Guérin les emmènent aux frontières de la transe, tous en scène, dans un final endiablé éblouissant.

Dirigé par Josette Baïz en pédagogue chevronnée, Grenade a conquis de haute lutte sa place à part dans le paysage de la danse internationale.

Lucy Guérin

Il y a bien longtemps que le public l’a compris, les représentations sont toutes à guichets fermés.

Jean Barak

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