Salves : un peu plus de sel s’il vous plaît!

08/12/11 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , ,


Après la Biennale de la Danse 2011 à Lyon, la dernière création de Maguy Marin produite sous le label du CCN de Rillieux-la-Pape, Salves, passait par la Biennale Charleroi-Danses, en Belgique – où nous étions.

Ça court dans tous les sens. Lumière. La Liberté guidant le peuple de Delacroix. Le tableau se décroche. Chute. Un soldat sort d’une table. La statue de la liberté se brise au sol. Une poupée tourbillonnante dans sa belle robe rose s’enfonce et disparaît dans une autre table. Une princesse hottentote pousse tout le monde pour avoir elle aussi ses fesses sur la table, mais pour cela, quelqu’un doit tomber. Chute. Un policier avec un képi s’emballe du sifflet, tout le monde s’active sous ses ordres désordonnés. Image joyeuse de religieuses qui s’envoient une statuette du Christ de mains en mains. Une jeune fille à la belle chevelure brune placarde avec amour une affiche d’Elvis Presley. La scène se multiplie : effet pop art ou ready made. La société de consommation nous bouffe. C’est l’agonie. Il y a urgence.

Ça court dans tous les sens. Un message écrit à la craie sur un tableau noir : « Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’à chanter. » Les danseurs ne chantent pas, mais ils nous montrent cette merde qui nous entoure, et nous engloutit. Par des effets de diapositives, on plonge dans des histoires qui s’enchaînent. Mais quel est donc ce fil invisible que Maguy Marin nous invite à observer ? À quelle sauce va-t-on être mangé pour ce festin qui se prépare ? Une assiette se brise et c’est l’illusion qui en pâtit : une fois, deux fois, trois fois, c’en est trop, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase (brisé lui aussi). Le banquet tourne à la guerre.

On retrouve la gestuelle caractérisée de May B (1981), la pièce maîtresse de la chorégraphe. Les personnages se griment de farine, de peinture ou d’autres substances, parfois vertes fluo, en se les lançant à la figure. Soudain, intervient une scène digne d’une superproduction américaine : un Jésus salvateur porté par un hélicoptère télécommandé, vient apporter la paix, du moins, pour une fraction de secondes, avant la reprise des hostilités.

Techniquement bien rôdé, la composition des tableaux est finement menée, les lignes de force sont étudiées, le rendu est plastiquement réussi, une belle représentation de l’emballement absurde de notre monde… mais la soupe qu’on nous sert est un peu tiède. Les images s’enchaînent, rythmées par une composition sonore qui transmet un brouillis de voix et de bruits, le drôle dans le pessimisme, oui, mais on reste un peu sur notre faim.

Pour les dates en France, c’est par ici : http://www.compagnie-maguy-marin.fr/dates

Photo UNE © Didier Grappe
Photo article © Jean-Pierre Maurin

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