“Big Bang”, de Philippe Avron : Au commencement était l’explosion

24/05/15 par  |  publié dans : Théatre | Tags : , , , ,

Philippe Avron, Michel Bruzat et Flavie Avargues au Théâtre de la Passerelle de Limoges du 9 au 13 juin à 20h30.

Philippe Avron nous a quittés en 2010, à 81 ans. Il aura joué jusqu’au bout dans le In et le Off sur les scènes d’Avignon et avec les plus grands metteurs en scène de Théâtre, dont Jean Vilar, Peter Brook ou Roger Planchon. Le grand public connaissait mieux l’humoriste de cabaret, complice d’Evrard.
Par la volonté de Michel Bruzat et la grâce de Flavie Avargues, son esprit a encore soufflé sur Avignon au Festival off 2014. Michel Bruzat est un vieux grognard du théâtre, un magicien passionné, ses mises en scène sont d’une telle subtilité qu’on les oublie. La fraise de Montaigne, le crâne de Hamlet, une lanterne, une actrice, et c’est tout.

Bruzat Michel

Michel Bruzat

On ne l’avait jamais vu comme ça, Big Bang est le tout nouveau spectacle d’Avron, qu’il avait pourtant joué lui-même en Avignon. C’est l’explosion en vol d’un professeur de philosophie, confronté à l’épreuve de la classe, raconté par lui même. Après la catastrophe, il reste le magma en fusion de bribes de philosophies, le défi d’une performance minutée impossible : Kant, Montaigne et Nietzsche en deux minutes trente, tout nu pour que la vérité le soit aussi, face aux fauves -un peu gênés- d’une classe de philo, aux noms oubliés et aux surnoms improbables. Trou Noir le surdoué, Démos, Anaximandre ou Analphabète, et ainsi de suite.

Flavie Marie Sandrine dans Alice au Pays sans Merveille d'après Dario Fo

Marie, Flavie et Sandrine dans “Alice au pays sans merveille” d’après “Paroles de femmes” de Dario Fo.

Vocation

Le professeur, appelé par La Voix, part au Tibet apprendre le Zazen, puis en Chine le Taï Chi chuan, il renonce même au désir pour atteindre l’éveil.
Elle est sans transition un chat de gouttière philosophe, un cheval de Bartabas au verbe haletant, le prof avec sa grosse voix, « trou noir » qui sait tout, une Marilyn en herbe, dinde émouvante, tous les élèves et l’inspecteur à la fois. Le théâtre, ça peut être un pensum, une purge, ou un rite pour initiés. Ça peut être, paradoxe du spectateur, une rencontre avec soi, qui est un autre.
Minimaliste, avec un geste sobre, sans sonorisation, elle joue, mime, danse, chante.
Flavie Avargues vous prend au dépourvu, vous interpelle -« Etes-vous heureux? »- vous éblouit, elle vous laisse fragile et bouleversé, vous touche là où vous ne vous savez pas.
On l’a connue très jeune actrice, exceptionnelle dans « Alice aux Pays sans Merveilles » d’après Dario Fo, « Quatre à Quatre » de Michel Garneau ou « Un Riche trois Pauvres » de Calaferte, mise en scène par le même Michel Bruzat, on la retrouve épanouie dans toute la puissance de sa maturité. Si, au commencement, était l’explosion, Flavie Avargues incarne le verbe.

Avignon 2014

Flavie Avargues dans sa loge, Avignon 2014.

Entre Avron, Bruzat et Avargues, le génie du théâtre a soufflé en Avignon, il soufflera encore à Limoges en juin.
Du très grand art.

Photo : Jean Barak

http://theatredelapasserelle.fr/

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