Zombie Aporia ou la contradiction logique

01/11/11 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : ,

Zombie Aporia

Il ne paie pas de mine ce jeune danseur-chorégraphe-performer. Du moins, pas de prime abord. Il inspire la sympathie. On dit qu’il est new-yorkais, qu’il s’est installé à Bruxelles il y a quelques années, entre autre pour suivre la formation de P.A.R.T.S, la célèbre école de la flamande Anna-Teresa de Keersmaeker, d’où il a rencontré ses deux autres acolytes pour Zombie Aporia, Thibault Lac et Salka Ardal Rosengren.

Il n’en est pas à première création, c’est la quatrième, et c’est un trio. Il dit qu’il s’est inspiré des concerts de rock, qu’il en détourne les images. Il n’y a pas de musique, seulement les voix des performers (dont il fait partie). Le rythme, ce sont eux qui le créent, eux seuls qui le soutiennent, sans effort, l’air de rien. Ce n’est pas une comédie musicale, c’est bien de la danse, mais de toute façon, à quoi bon continuer à vouloir coller des étiquettes ?

Ils sont jeunes, beaux, ils ont la pêche, ils veulent être cool : on a tendance à se méfier. Ils jouent justement avec leurs atouts, sans arrogance aucune, ils proposent cette pièce en toute simplicité. C’est ce qui surprend justement : ils sont là tous les trois, en short et chemise, ils viennent nous parler, nous expliquer gentiment ce que c’est qu’une aporie (une contradiction logique) et nous dirent que ce que nous allons voir, ce sont huit petites pièces. Les procédés sont simples mais très efficaces. Et c’est cela qui est incroyable chez eux, c’est que sous une apparente neutralité, utilisant énormément la répétition, des gestes, des rythmes, des mots, ils nous touchent, ils nous font rire. Le spectacle pourrait facilement tomber dans l’humour noir, dans le cynisme, voire dans la violence, mais il n’en est même pas à la lisière. Les phrases répétées, chantées prennent à chaque fois plus d’ancrage dans notre esprit, plus de sens aussi, plus de polysémies également. C’est fascinant. Ils ne sont pas expressifs dans leur jeu, mais tout le contexte l’est.

Accessibles à tous, les situations sont drôles. Sur le principe du Sound Painting, un performer dirige la danse des deux autres par des gestes, tel un chef d’orchestre des corps. Mais les deux danseurs sont déjà en train de chanter, drôle de décalage entre les corps et leurs voix, qui malgré le rythme physique soutenu, ne s’essoufflent pas. Salka Ardal Rosengren ne perd pas son souffle non plus quand elle chante qu’elle réfléchit sur elle-même, qu’elle fait ceci ou cela parce qu’elle veut vraiment être cool « you know what I mean ? ». Seulement, Thibault Lac la manipule et lui presse le ventre ou la secoue, ce qui lui coupe le souffle, le saccade ou le fait vibrer. C’est une zombie qui chante un texte sur la vie.

Les performers multiplient les talents, ils savent chanter, danser en même temps, et aussi écrire, car ̶ mise à part une chanson des Sex Pistols a capella et des poèmes de John Ashbery ̶ les textes sont de lui.

En voilà un à ne perdre de vue. Lui, c’est Daniel Linehan.

Zombie Aporia de Daniel Linehan :
* 2-9 novembre – Théâtre de la Bastille, Paris
* 11-16 novembre – Festival Mettre en Scène – Théâtre National de Bretagne, Rennes
* 23 janvier 2012 – Montpellier Danse, Montpellier

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