Macron s’en va-t-en-guerre

25/05/20 par  |  publié dans : A la une, Société | Tags : , , ,

“Les Français sont ingouvernables, il leur faudrait une bonne guerre” (Anonyme)

“Nous sommes en guerre nous sommes en guerre nous sommes en guerre nous sommes en guerre nous sommes en guerre nous sommes en guerre”

Voilà, c’est dit. Qui peut encore en douter?

Il y va certes un peu fort de l’anaphore, ce Président, mais nul ne peut nier l’excellence de son “nègre” aux textes vibrants, lyriques à faire pleurer les pierres. (Rappelons qu’un “nègre” en littérature n’est pas obligatoirement un homme ou une femme de couleur, mais juste celui ou celle qui écrit les discours qu’un comédien interprète, en l’occurrence avec la ferveur et le brio qu’on lui connait. Mais ne nous y trompons pas, si le “nègre” apporte le style, les idées sont bien celles de son mentor et commanditaire. De si belles idées valent acte, elles en dispensent. Le dire, c’est encore mieux que de le faire. Une fois dit, c’est donc fait, on écrit et on déclame un nouveau discours, puis un autre, et en même temps on continue pareil, ou pire. C’est la méthode du discours.

A toute guerre il faut un grand chef. François Hollande a eu sa victoire au Mali, “le plus beau jour de (sa) vie” a-t-il dit à Bamako. Personne ne regrettera que le Mali ne soit pas tombé aux mains des Crétins de Dieu, et surtout pas les Maliens. Jusques-là on le jugeait très médiocre.

C’est la guerre qui fait le chef, dut-il l’inventer. 

Georges Bush a inventé la guerre d’Irak, pays présumé “possesseurs de la gangrène gazeuse, du choléra, de la peste, du typhus, de la variole et de la fièvre hémorragique”. Sans oublier les armes chimiques. Il est devenu un grand chef grâce à la guerre qu’il a déclenchée, sur un mensonge d’état assumé.

La divine surprise

Écartons d’emblée les délires complotistes. Ceux qui rêvent d’uchronie et de dystopie pourront revoir Brazil, chef d’oeuvre de Terry Gilliam librement inspiré en 1985 du visionnaire “1984” d’Orwell, ou encore son “Armée des douze singes”, avec virus très mortel. Ou encore relire le virulent “Les Hommes Protégés” de Robert Merle, en 1974, et plus récemment, en 2007, “Le parfum d’Adam” de Jean Christophe Rufin: un antispéciste misanthrope fou-furieux répand dans des bidonvilles un choléra génétiquement modifié. On en oublie, mais si la réalité est plus prosaïque, elle est tout aussi affolante.

L’épidémie de coronavirus étant mondiale nous ne la porterons pas au crédit de notre Président, ni même à celle des “communistes” chinois, mais le pangolin étant -dit-on- réhabilité, à celui d’une chauve-souris, certes chinoise, mais ça ne suffit pas. Il n’empêche que, dans notre histoire franco-française, ce que ni les syndicats, ni les soignants, ni le fantôme de la gauche, ni les gilets jaunes n’ont réussi à justifier, malgré les libres casseurs, les nassages, les gazages et les mutilations, un simple virus à donné au gouvernement les pleins pouvoirs sanitaires et sécuritaires. Ils en ont rêvé, le covid 19 l’a fait. Divine surprise. L’opération a réussi mais comme le malade est dans le coma, ils ne savent plus comment le réanimer, ni réparer l’immense gâchis dont ils sont les chefs d’orchestres, sans réveiller en même temps la colère sociale qui déclenchera la prochaine jacquerie. Ou une débâcle électorale: à la faveur de la “guerre”, toutes les libertés fondamentales auront été plus ou moins “provisoirement” mises sous le boisseau, sauf à ce jour la liberté de crier dans le désert.

Chefs de guerre

Que celui qui peut affirmer a posteriori qu’il aurait fait mieux jette la première pierre. Au demeurant, devant une telle complexité, chaque thème abordé dans cet article mériterait à lui seul une thèse d’Etat. Autant dire qu’il est dérisoire, après autant d’analyses savantes et assertions d’experts aussi péremptoires que contradictoires. Sur France Inter, au “Téléphone sonne”, une experte en virologie a répondu à chaque question: “on ne sait pas, on ne sait pas, on ne sait pas”. Tragique. Tant d’honnêteté, quand on attend des révélations, est nécessairement coupable et condamnable.  Elle est tenue de savoir.

Etre débordé dans ces circonstances extraordinaires et inédites est bien compréhensible. Mais personne n’aurait pu faire pire: qu’un gouvernement s’agite comme des lapins de jeu vidéo qui crient “wa wa”, qu’ils mentent ou fabulent jour après jour, affirmant tout et son contraire pour masquer leur incompétence quand seule la vérité eut pu s’entendre, il ne leur sera rien pardonné. Les masques sont inutiles, puisqu’on en a pas. Nous n’en avons jamais manqué. Quand on en a, ils deviennent obligatoires. Les tests ne servent à rien, on n’en a pas. Alors, comme mandat après mandat nos gouvernements successifs n’ont eu de cesse que de réduire l’hôpital public à sa vocation initiale de lazaret, que ce dernier ne pouvait plus assurer les urgences, les services étant déjà dramatiquement dépassés avant l’épidémie, les morgues pleines, les frigos à viande de Rungis ne suffisant plus à réfrigérer les cadavres, il fallait donc enfermer tout le monde pour gagner -provisoirement- cette drôle de “guerre”. Faire de la France un immense lazaret, incarcérer tout un pays à domicile, faute de le soigner. Que d’autres dans le monde n’aient pas fait beaucoup mieux n’excuse rien. Autre chose était-il possible? Ce n’est pas exclu, nous y reviendrons.

Bataille d’experts

A ce stade de la réflexion il faut expliquer ce qu’est un “expert”. Pour le grand public, un expert est un sachant, un savant. Dans la vraie vie, pour l’être, il faut et il suffit d’avoir le diplôme idoine et de s’inscrire sur une liste d’aptitude afin qu’on puisse vérifier son authenticité. Vous serez dès lors choisi sur une liste, tout se passera par empathie et cooptation. Si vous avez été requis pour une quelconque expertise dans un procès, vous devenez ipso facto expert près les tribunaux. C’est une source de revenu comme une autre, ou presque, des vies dépendent de vos oracles. On peut également vous qualifier d’expert sur la base de votre notoriété, publications et autres  prix. Ainsi, On a pu voir pendant des années un ex-ministre géochimiste invité tous les jours sur toutes les radios et télévisions, pour nous expliquer qu’il n’y avait pas de réchauffement climatique. Le ridicule n’a tué personne, ni ceux qui lui passaient allègrement les plats ni lui-même, puis il a brutalement disparu des radars. Faut-il le regretter?

“Un mal qui répand la terreur, mal que le ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre”…

Nous avons droit, jour après jour, au décompte macabre des morts du virus, hôpital par hôpital, région par région, et bientôt, famille par famille grâce aux chiens renifleurs de la police, aux applications repérant les téléphones des contaminés et aux milices anti-virus. Les porte-flingues des fédérations de chasseurs étaient volontaires, mais on a craint leur taux d’alcoolémie, les vigiles n’étant plus contrôlables passé les mâtines. Comment peut-on être préfet de la République en Seine et Marne et en même temps méconnaître ou mépriser à ce point le code civil? Qu’importe, on formera des “covid runners”. Ou plutôt des chasseurs de porteurs sains. On peut s’étonner de cette litanie hypnotique sur les radios publiques, sidérante comme les images en boucle des deux tours qui ne cesseront à jamais de s’effondrer, encore et encore.

Inconscience, consignes, ou ligne éditoriale? L’information est nécessaire, pas l’intoxication.

Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés

On les comprend, des médecins perdent leurs nerfs, “Je vous en conjure, restez chez-vous!” l’idéologie et la peur tenant lieu de boussole, chacun voit midi à  sa porte. La population se terre, sort masquée, il faut bien se nourrir,  les yeux seuls expriment la haine ou la panique. Les anxiolytiques manquent dans les pharmacies. Qui croire? Après les mantras apocalyptiques, peu à peu les études sociologiques feront surface. Nous apprendrons que si nous sommes vieux et malade, notre facteur risque sera multiplié par 120. Que ce n’est pas le virus qui tue, mais une réaction cataclysmique de l’organisme, un peu comme si on lançait une bombe thermonucléaire sur Paris, pour la dératiser.

Que les chercheurs cherchent, des traitements, des vaccins, analysent le virus et les mécanismes immunitaires, que les sociologues  et les psychologues interrogent les comportements politiques et le psychisme des confinés. Il faudra bien que le virus disparaisse avec l’été ou qu’il revienne, encore et encore, jusqu’à ce que nous soyons tous guéris, immunisés ou morts.

Hier un grand acteur est mort à quatre-vingt-treize ans, mais pas du virus. C’est beaucoup moins grave, nous voilà rassurés. Il faudra bien se souvenir un jour que la mort existe, dans un accident de travail ou en traversant la route pour en trouver, voire et même à son heure propre au bout de sa traversée. Virus ou pas, nous y passerons tous.

En attendant, l’économie est à l’arrêt, les vautours insatiables, l’hôpital exsangue, la culture moribonde, les artistes à l’agonie, et, comme il se doit, les plus riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres.

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Où l’on se rend compte que notre culture est aussi précieuse que l’air qu’on respire, que nos artistes nous rendent la vie plus belle que la vie, que les lieux de culte du mentir vrai sont ceux qui tissent notre être social, depuis que les usines à prières sont désertées. Mourrons-nous de soif dans un désert culturel?

Que faire?

Vraisemblablement, à bien écouter les scientifiques, tout cela aura nécessairement une fin. Ou une autre. Les sociologues crient au loup, il y aura des révoltes et des élections, mais après ces restrictions drastiques des libertés, rien ne sera plus jamais comme avant. La démocrature est en place, elle ressemble encore formellement à la démocratie mais n’en a plus que l’apparence, le fond est autoritaire. 

Ayant gagné une bataille, mais pas encore la guerre, on déconfine prudemment. Avant le virus providentiel nous avions la guerre contre l’Etat islamique, nous aurons très vite la guerre contre la canicule, contre le réchauffement climatique, contre tous ceux qui sont contre et contre ceux qui ne sont pas en rang et en marche avec, les guerres à mener et les états d’urgences ne manqueront pas. Jamais, dans une démocratie, l’extrême droite n’aurait pu aller aussi loin dans cette furia liberticide. La gauche a failli, l’extrême droite, on connait déjà mais on a oublié, le “ni-ni” et le “en même temps” on fait encore mieux, pénétrant le corps social comme dans du beurre, faute de contre-pouvoir. Il reste les écolos. “S’ils passent, on va en chier, mais s’ils ne passent pas on va crever” (Anonyme)

Les jours de notre espèce sont désormais comptés. A vous de choisir.

A tout prendre…

Jean Barak

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