Laïka sur orbite au Théâtre de la Passerelle de Limoges

11/11/19 par  |  publié dans : A la une, Scènes, Théatre | Tags : , , , , ,

Pierre-Yves Le Louarn et Michel Bruzat à Avignon

Laïca est une petite chienne errante et bâtarde qui est entrée dans l’histoire et dans le cosmos, sacrifiée sur l’autel de la guerre froide entre le communisme autoritaire russe et le capitalisme américain triomphant. Il s’agissait de battre de vitesse les Etats-Unis dans la course au prestige, la domination de l’espace et l’hégémonie technologique. Elle aura vécu 45 minutes de stress absolu et offert des renseignements essentiels pour les vols humains à venir. Youri Gagarine et ses successeurs lui doivent d’en être revenus vivants. Pendant ces quarante-cinq minutes de calvaire, pour autant que Dieu Soit au ciel, elle aura été l’être vivant le plus proche de Lui.

C’est le point de départ de la pièce d’Ascanio Celestini, qui fait suite au “Discours à la Nation” du même auteur. Pièce qui soutenait le discours cynique du pouvoir, un traité de l’art de la domination et de la manipulation digne du Prince de Machiavel, l’humour féroce et le brio en plus.

Charlotte Adrien dans Discours à la Nation

Créée en Avignon en 2018 par Michel Bruzat, elle était magnifiquement portée par la belle Charlotte Adrien au Théâtre des Carmes. En 2019 Pierre-Yves Le Louarn dirigé par le même, incarnait un clochard céleste dans “Les Soliloques du Pauvre”, chef d’oeuvre de Jehan Rictus, toujours au même Théâtre avignonnais, créé par André Benedetto.

Pierre-Yves Le Louarn et Michel Bruzat au Théâtre André Benedetto

C’est une histoire d’amitié et de fidélité entre saltimbanques, Michel Bruzat confie aujourd’hui à Pierre-Yves Le Louarn le soin d’incarner le personnage central de Laïka, d’Ascanio Celestini, à Limoges. Un aveugle présumé: la canne blanche arrête les coups de matraques et vous fait payer des coups, on écoute autrement ceux qui voient sans yeux. Dans un bistrot juste sous sa fenêtre, où il vient boire un café, mais miracle, il demande une absinthe qu’on lui offre eu égard à son handicap, les pochtrons qui n’en sortent jamais l’écoutent comme Jésus sur la montagne. Ils ne savent rien du monde qui les entoure.

“De quoi voulez-vous que je vous parle? Du clochard? De la femme à la tête embrouillée? De la vieille? Ou de la déontologie de la prostituée? Des manutentionnaires nègres qui travaillent dans le grand entrepôt? Ou bien de Dieu?”

“Au commencement il y a Dieu.” 

Il leur parlera des petites gens à qui il rend la parole, et de Dieu à qui il adresse une prière: “au moins une fois par mois, que notre volonté soit faite et pas seulement la Tienne!”.

Quel rapport entre Laïka et les gens de peu? Le sacrifice sur l’autel de l’hubris, de la lutte pour le pouvoir et l’argent roi. Entre la petite chienne et le Théâtre de la Passerelle de Limoges? La suppression de subventions culturelles, on ne peut pas enrichir les riches et en même temps, soutenir la culture ou aider les mal lotis. Choisir c’est perdre, mais les autres.

Théâtre de la Passerelle de Limoges

Comme nombre de lieux de culture et de création indépendants, la Passerelle de Limoges est en grande difficulté. Il est toujours difficile de parler d’un spectacle qu’on n’a pas vu, en l’occurrence d’une création en cours. Mais entre Ascanio Celestini, digne héritier de Dario Fo, Michel Bruzat aux cent créations, Py Le Louarn, le clochard céleste de Jehan Rictus, Sébastien Debart à l’accordéon, on peut parier sans réserve sur un grand moment de théâtre, de poésie et d’émotion. Un théâtre qui frappe à l’esprit et au cœur, où pourtant on rit beaucoup. A ne surtout pas manquer!

Jean Barak

Photo Franck Roncière, régisseur de la Passerelle

Au Théâtre de la Passerelle de Limoges du 12 au 16 novembre 2019 et dimanche 18 novembre à 18h.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire