Les Solitudes Duo de Daniel Léveillé

22/02/20 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , ,

Comment décliner le couple et la solitude avec sept danseurs?

Amour Acide et noix

Daniel Léveillé avait fait une irruption fracassante sur la scène du Festival de Marseille en 2011 avec “Amour Acide et Noix”, titre elliptique que nous ne nous risquerons pas à interpréter, les danseurs et la danseuse y apparaissant intégralement nus. “C’est advenu par hasard” explique-t-il: ils ont tenté la semi-nudité et -ensemble- ont trouvé cela bien. Puis nous avons essayé la nudité, et réalisé que ce n’était plus du tout la même pièce, que cette radicalité changeait tout. Ça a posé un problème de diffusion: sur Fesse-bouc on peut montrer des décapitations, mais pas même le plus petit bout d’un sein, fut-il menu. Ils ont donc du refaire des séances photo habillés, pour contourner les algorithmes pudibonds qui nous gouvernent, et assurer la diffusion.

Daniel Lévéillé est généreux avec les photographes: ils aiment son travail, et il les accueille à bras ouverts. ce n’est en rien étonnant: outre la nudité qui ne laisse jamais personne indifférent -on a entendu ici ou là quelques pré-adolescentes s’offusquer de cette “exposition”- il professe que le corps est politique, que la création en art est révolutionnaire.

Pourtant ils dansent sur du Vivaldi, alors même qu’on y voit nettement par transparence toute l’aridité géométrique de Merce Cunningham, qui soumettait -déjà- son oeuvre aux caprices des premiers algorithmes. Mais la comparaison s’arrête là. Il a pour ses danseurs la fascination amoureuse de Pygmalion: “Je peux tout leur demander” dit-il, “les demandes les plus folles suscitent les résultats les plus inattendus”.

De fait, fort de sa notoriété internationale, Daniel Léveillé peut tout se permettre, même de rhabiller ses danseurs, de s’amuser avec les clichés -avec une parade de sumotori- ou de passer sans transition du porté le plus classique à des audaces circassiennes. Alors, à mi-chemin entre le menuet et la recherche radicale, non sans humour et dans une complicité jubilatoire, les duos s’enchaînent, entre femmes, entre hommes, entre femme et homme. Ils se cherchent, s’attirent, se repoussent, s’affrontent, se caressent, se mesurent, s’aiment, se détestent, corps à corps, peau à peau. Ils déclinent comme à un cour de latin toutes les figures géométriques et les phrases chorégraphiques qui constituent le langage immédiatement reconnaissable du Maître. 

 

La danse contemporaine y perd un peu son latin, ou elle le retrouve, on ne sait plus. Mais une apparition du fondateur de la D.L.D. ( anciennement Daniel Léveillé Danse) de Montréal, aujourd’hui dirigée par Frédérick Gravel, chorégraphe, c’est toujours un événement. 

Jubilatoire.

Jean Barak 

 

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