“Oneironaut”: les cauchemars Goyesques de Tania Carvalho

27/01/20 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

Oneironaut: du grec oneiros, rêves, et nautés, navigateur. Celle qui navigue dans les rêves.

 

Tania Carvalho

A cinq ans, elle commence la danse classique, à 14 ans, la danse contemporaine. Née en 1976 à Viana de Castelo, elle a l’âge d’avoir créé trente-deux pièces en vingt ans, Oneironautes est sa trente-troisième. Elle a créé la Compagnie Bomba Suicida, tout un programme, mais ne se contente pas d’être danseuse et chorégraphe, elle dessine, écrit et joue ses propres musiques.

Elle est connue internationalement pour son originalité et ses chorégraphies réunissant vingt danseurs. Cette pièce réunit plus modestement sept danseurs et deux pianistes, dont elle-même, sur une musique de sa composition.

A peine distinguables dans une obscurité épaisse, des spectres grimés se déplacent lentement, forment des peintures en aplats ou des sculptures qui parfois, s’animent. On pourrait croire que les danseurs ne sont pas genrés -le pianiste barbu aux cheveux ailes de corbeaux est en nuisette- si les danseuses n’étaient aussi nettement gynoïdes.

Parfois la scène est vide, entièrement occupée par la musique, quasi classique, qui peu à peu dérape en staccatos et glissandos assassins. S’enchaînent soli duos, trios quatuors ou ensembles, la lumière apparaît, violente et zénithale, le danseur au premier plan dans l’ombre cache les corps comme sculptés au scalpel derrière lui. Parfois le mouvement se déchaîne, ils volent, parfois ils sont gisants.

“Le rêve de la raison engendre des monstres” dessinait Francisco Goya, nous sommes dans ce cauchemar là. Entre chimères, retour des morts vivants et vampires carpatiques, Tania Carvalho navigue dans des rêves dont vous ne sortirez pas intacts. Avec de grands moments de danse, c’est un bombardement d’affects chaotiques d’une beauté violente, plus chargée émotionnellement que ses pièces précédentes, plus cérébrales, plus abstraites. 

Après sa création en résidente au KLAP, la troupe repart pour le Portugal. A n’en pas douter, ils reviendront, on ne risque pas grand chose à parier que les programmateurs ne s’y tromperont pas. Alors, ne la ratez pas.

Une pièce forte d’une artiste dans toute la force de sa maturité, à l’imagination féconde.

Jean Barak

 

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